L'Italie saisit le navire humanitaire bloqué avec 49 migrants au large de Lampedusa

SAUVETAGE « Les interrogatoires des membres d’équipage pourraient avoir lieu dans les prochaines heures », a annoncé le ministère de l’Intérieur italien

20 Minutes avec AFP

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Des gardes-côtes italiens escorte un bateau à bord duquel se trouve des migrants, en direction de l'île italienne de Lampedusa le 14 mars 2011
Des gardes-côtes italiens escorte un bateau à bord duquel se trouve des migrants, en direction de l'île italienne de Lampedusa le 14 mars 2011 — CHRISTOPHE SIMON / AFP

Alors qu’il était bloqué, depuis ce lundi, au large de Lampedusa, l’Italie a saisi, ce mardi, le navire humanitaire avec 49 migrants​ à son bord, a annoncé le ministère de l’Intérieur du pays. « La Guarde financière est en train de procéder à la saisie du navire Mare Jonio, c’est pourquoi elle l’escorte actuellement dans le port de Lampedusa », a indiqué le ministère en précisant que « les interrogatoires des membres d’équipage pourraient avoir lieu dans les prochaines heures ».

Secourus ce lundi au large de la Libye, le navire humanitaire était toujours bloqué, ce mardi après-midi, au large de l’île italienne de Lampedusa, les autorités italiennes refusant qu’il accoste. « Il ne s’agit pas d’une opération de sauvetage, c’est de l’aide à l’immigration clandestine », avait tonné le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini (extrême droite), dont l’intransigeance a quasiment stoppé les arrivées de migrants, déjà en nette baisse avant son arrivée au pouvoir, sur les côtes italiennes.

« Ils ne mettront pas les pieds en Italie avec mon autorisation »

Le Mare Jonio, navire battant pavillon italien affrété par un collectif d’associations, d’intellectuels et de politiques de gauche et d’extrême gauche, avait secouru lundi 49 migrants sur un canot en difficulté à 40 milles nautiques au nord de la Libye. Une vedette des garde-côtes libyens se trouvait à proximité, mais les militants avaient préféré prendre les migrants à bord plutôt que les voir ramenés en Libye, où beaucoup risquent de subir de nouveaux abus et violences. Mardi matin, le Mare Jonio s’était positionné au large de Lampedusa pour s’abriter du mauvais temps, mais les autorités lui avaient ordonné de rester à distance.

« Les conditions météo étaient impossibles, nous n’avons pas eu le choix », avait assuré le chef de mission, Luca Casarini, à l’agence AGI. Un migrant de 25 ans présentant des symptômes de pneumonie avait été évacué vers Lampedusa pour être soigné. « Ils peuvent être soignés, nourris, vêtus, tout ce que vous voulez, mais ils ne mettront pas les pieds en Italie avec mon autorisation », avait insisté Matteo Salvini dans une interview à la télévision italienne.

Une directive pour empêcher les personnes secourues de débarquer en Italie

Depuis l’arrivée au pouvoir de Matteo Salvini en juin 2018, plusieurs navires de secours - humanitaires et militaires - se sont retrouvés bloqués au large de l’Italie ou de Malte jusqu’à ce que d’autres pays européens acceptent une répartition des migrants secourus. Lundi, le ministre italien a publié une directive annonçant que l’Italie ne laisserait pas débarquer des personnes secourues dans la vaste zone de secours dépendant de la Libye, à moins que l’opération n’ait été coordonnée par les garde-côtes italiens. Le texte de huit pages menace aussi de sanctions tout navire qui enfreindrait la règle.

Mardi, le ministère a annoncé la création d’une commission « d’experts et de policiers » qui sera chargée de s’assurer de l’application de la directive. « Mais le droit maritime est clair : la Libye n’est pas un lieu sûr », a commenté Vincent Cochetel, envoyé spécial du Haut-commissariat de l’ONU (HCR) pour la Méditerranée centrale. Le Conseil italien pour les réfugiés a également critiqué la directive, qui laisse entendre « que les ports libyens peuvent être considérés comme sûrs et qu’il est possible de débarquer en Tunisie ou à Malte ».