Dialogue, dissuasion... Faut-il prendre exemple sur l'Allemagne pour encadrer les manifestations?

GILETS JAUNES En Allemagne, pas de lanceurs de balles de défense ou de grenades, les policiers utilisent une technique appelée « la désescalade »

Manon Aublanc

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Des manifestants ont défilé dans les rues de Landau, en Allemagne, encadrés par des forces de police, le 9 mars 2019.
Des manifestants ont défilé dans les rues de Landau, en Allemagne, encadrés par des forces de police, le 9 mars 2019. — Michael Debets/SIPA
  • De violents affrontements ont eu lieu, ce samedi, lors de l’acte 18 des « gilets jaunes », entre manifestants et forces de l’ordre.
  • Le gouvernement, sous le feu des critiques, a reconnu de « nombreux dysfonctionnements » dans le dispositif de sécurité et Edouard Philippe a annoncé de nouvelles mesures ce lundi pour mieux faire face aux débordements.
  • Depuis le début des manifestations des « gilets jaunes », la police française est régulièrement accusée de violences envers les manifestants.

Pillages, incendies, jets de pavés sur les forces de l’ordre… Si les dernières manifestations des «gilets jaunes» avaient eu lieu dans un calme relatif, la journée de samedi a connu une nouvelle flambée de violences, en particulier sur les Champs-Elysées, à Paris.

Lanceurs de balles de défense, grenades, bombes lacrymogènes, matraques… Depuis le début des manifestations des « gilets jaunes », en novembre dernier, la police française, régulièrement accusée de violences, est sous le feu des critiques. En France, face aux Blacks Blocs ou aux manifestants les plus violents, la répression fait partie intégrante de la stratégie policière. Mais chez nos voisins allemands, les forces de l’ordre ont choisi une tout autre technique pour contenir les manifestants, sans recourir à la force. Alors que le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé de nouvelles mesures ce lundi pour faire face aux débordements, 20 Minutes se penche sur la méthode allemande.

Comment la police allemande encadre-t-elle les manifestations ?

A l’inverse de la France, les policiers allemands sont beaucoup moins armés. Jugés trop dangereux, les lanceurs de balle de défense (LBD) et les grenades explosives sont interdits en Allemagne. Seuls les dispositifs permettant de garder la foule à distance, comme les canons à eau, les gaz lacrymogènes ou les matraques, sont utilisés par les forces de l’ordre.

« En Allemagne, les forces de l’ordre considèrent chaque manifestant comme un citoyen, et non comme un fauteur de trouble. La doctrine des policiers c’est "Le citoyen reste raisonnable", ils font confiance aux manifestants. On est loin des forces de l’ordre françaises barricadées », détaille Patrick Bruneteaux, chercheur en sociologie politique au CNRS. De l’autre côté du Rhin, la police privilégie surtout la technique de la « désescalade » (Deeskalation, en version originale).

En quoi consiste la technique de la « désescalade » ?

Inscrite dans le droit allemand depuis 1985, cette technique impose aux forces de police allemandes de coopérer et de communiquer avec les manifestants. Le but ? Privilégier la non-violence et désamorcer les conflits pour garantir le droit à manifester. « La France, c’est une terre de lutte. En Allemagne, c’est différent, il y a une vraie tradition de la gestion, de la communication, de la médiation. Quand un syndicat veut faire grève, il essaie d’abord de négocier avec le patronat avant d’aller marcher dans la rue », explique Patrick Bruneteaux.

Pour éviter tout mouvement de protestation, des agents de communication sont également placés au-devant des cortèges pour expliquer chaque intervention des forces de l’ordre. Et plutôt que d’intervenir sur le moment, les autorités allemandes préfèrent dissuader : présence massive des forces de l’ordre sur le terrain, fouilles avant les manifestations, encadrement des cortèges par les policiers.

Que se passe-t-il en cas de violences ?

Les manifestants les plus violents sont arrêtés au cas par cas par des équipes « anti-conflit » (« Anti Konflikt Teams ») qui se glissent dans les cortèges pour extraire les individus ciblés. « En Allemagne, il y a un relatif respect entre les deux parties, manifestants et forces de l’ordre, lié à un nationalisme plus fort qu’en France », explique le chercheur.

Pour réduire l’incompréhension des manifestants face à l’action des forces de l’ordre et éviter tout débordement, l’Allemagne a installé des haut-parleurs et des écrans LED pour prévenir le cortège en cas de charge, de sommation ou de demande d’évacuation d’une place ou d’une rue. « En France, le problème, c’est que la police se barricade derrière ses boucliers, le message c’est "peur, intimidation et fonction inébranlable" », estime le chercheur.