Brenton Tarrant, Anders Breivik... Une même stratégie pour diffuser des thèses d'extrême droite

ATTENTATS DE CHRISTCHURCH La façon d'agir de Brenton Tarrant depuis son arrestation ressemble à celle du Norvégien Anders Breivik, qui avait tué 77 personnes, le 22 juillet 2011 à Oslo et Utøya

Manon Aublanc

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Brenton T., l'auteur présumé des deux attentats contre des mosquées à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, qui ont fait 50 morts.
Brenton T., l'auteur présumé des deux attentats contre des mosquées à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, qui ont fait 50 morts. — AP/SIPA
  • Deux attentats dans des mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, ont fait au moins 50 morts, vendredi dernier.
  • Le principal suspect de ces attaques, Brenton Tarrant, arrêté et inculpé pour meurtres, est décrit comme un « terroriste extrémiste de droite, violent ».
  • Nicolas Lebourg, chercheur historien à l’université de Montpellier, a analysé pour 20 Minutes le profil des terroristes d’extrême droite.

Vendredi dernier, à l’heure de la prière, cinquante personnes ont trouvé la mort dans des fusillades contre deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Quelques heures avant, l’auteur présumé de ces attentats, Brenton Tarrant, avait publié, sur son compte Twitter, un manifeste raciste expliquant son geste, avant de diffuser en direct des images vidéo de l’attaque. Arrêté et mis en examen pour meurtres, l’homme, un Australien de 28 ans, a déclaré vouloir se défendre seul et a limogé son avocat commis d’office.

Dans son manifeste, Brenton Tarrant a expliqué s’être « véritablement inspiré du Chevalier Justicier Breivik », en référence au Norvégien Anders Breivik. Le 22 juillet 2011, cet homme de 32 ans avait fait exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo, avant de se rendre sur l’île d’Utoya et d’ouvrir le feusur des adolescents participant à un camp de la Jeunesse travailliste. Le drame avait fait 77 morts. Attaque ciblée, victimes incarnant le multiculturalisme, publication d’un manifeste, idéologie nationaliste… Nicolas Lebourg, chercheur à l’université de Montpellier et membre de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès, a analysé pour 20 Minutes les points communs entre ces deux terroristes d’extrême droite.

Refuser d’être considérés comme fous

C’était l’un des chevaux de bataille des avocats d’Anders Breivik durant son procès : que l’homme soit déclaré sain d’esprit et responsable de ses actes. Richard Peters, l’avocat de Brenton Tarrant commis d’office, a estimé que la question de la responsabilité pénale de l’Australien ne se posait pas : « Il est apparu comme quelqu’un de rationnel et qui ne souffre pas d’un handicap mental », a-t-il déclaré.

Selon Nicolas Lebourg, les terroristes d’extrême droite ne veulent pas être considérés comme des déséquilibrés : « Ils estiment qu’ils sont face à un problème rationnel et qu’ils doivent donc utiliser une solution rationnelle. » « La plupart du temps, ils sont même relativement équilibrés, leur pensée est construite », poursuit le chercheur, avant d’ajouter : « Ce sont des gens qui sont très politisés, qui ont une très bonne connaissance de l’actualité, ils voyagent, ils lisent », précise le spécialiste.

La publication d’un manifeste

Quelques minutes avant les fusillades, Brenton Tarrant avait publié, sur son compte Twitter, un manifeste de 73 pages, intitulé « Le Grand remplacement » pour justifier son geste. Une thèse défendue par l’écrivain français Renaud Camus, sur la disparition des « peuples européens », « remplacés » par des populations non-européennes immigrées. Anders Breivik, âgé de 40 ans, avait lui aussi publié un texte de 1.500 pages, où il reprochait à ses victimes de promouvoir le multiculturalisme, appelant ses compatriotes à suivre son exemple.

« Publier un manifeste, c’est donner une grille de lecture à leurs successeurs, à ceux qui vont poursuivre la lutte », explique le chercheur de l’université de Montpellier, avant d’ajouter : « Ce manifeste, c’est aussi un moyen d’informer les citoyens et les médias, et donc, faire parler d’eux au plus grand nombre possible ».

Se défendre seuls devant la justice

Arrêté quelques minutes après les deux attentats et mis en examen pour meurtres, l’Australien de 28 ans a limogé, ce lundi son avocat commis d’office, expliquant vouloir se défendre seul. « Il veut transformer son procès en tribune », estime Nicolas Lebourg. « Il y a une certaine antinomie entre sa stratégie politique et le rôle d’un avocat. L’avocat est là pour minimiser sa peine, mais lui ne veut pas minimiser ses actes, ses combats. Il veut servir d’exemple, que les autres suivent son combat », poursuit le chercheur.

Anders Breivik, lui, avait déjà en tête, avant même de réaliser son geste, le nom de l’avocat qu’il voulait solliciter. Le Norvégien a demandé à être défendu par Geir Lippestad, un avocat qui s’était occupé de la défense d’un militant néonazi par le passé. Mais qu’importe la défense, le but reste le même, « faire de leur procès une tribune mondiale », estime Nicolas Lebourg : «  Quand Anders Breivik a fait son salut nazi lors de son procès, il sait que les images vont faire le tour du monde. Ces terroristes savent que, pendant leur procès, ils pourront défendre leurs thèses publiquement. C’est ce qu’ils cherchent. »

Apparaître comme un exemple

Et la raison est plutôt simple pour le chercheur : « Il y a toujours chez ces terroristes-là, l’idée d’une exemplarité : on éveille le peuple en donnant l’exemple, en faisant comprendre. L’acte individuel doit permettre d’éveiller la conscience collective. D’ailleurs, ils s’appellent eux-mêmes les "éveilleurs du peuple" ». Pour Nicolas Lebourg, ces terroristes « veulent être reconnus comme ceux qui ont le courage d’agir, d’assumer la responsabilité pour éveiller les autres. »

« Chaque terroriste donne l’exemple à l’autre. Quand Brenton Tarrant inscrit les noms de terroristes d’extrême droite sur ses armes et poste une photographie sur les réseaux sociaux, le message c’est "la prochaine fois, ce sera mon nom qui servira d’exemple". L’un d’eux donne la voie, les autres suivent », ajoute l’historien.