VIDEO. Algérie: A la veille d'un vendredi test, le pouvoir cherche à convaincre

MANIFESTATION Abdelaziz Bouteflika a renoncé à se présenter et reporté la présidentielle prévue le 18 avril, prolongeant de fait son mandat actuel jusqu'à la fin d'une prochaine conférence nationale

20 Minutes avec AFP

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Les étudiants et lycéens manifestent à Alger, en Algérie, le 10 mars 2019, contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat.
Les étudiants et lycéens manifestent à Alger, en Algérie, le 10 mars 2019, contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat. — Anis Belghoul/PP AGENCY/SIPA

Après le retrait de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika et le report de l’élection présidentielle, prolongeant de fait son mandat actuel, le pouvoir tente maintenant de convaincre les Algériens du bien-fondé de cette démarche.

Le pays est le théâtre depuis le 22 février de manifestations contre le président Bouteflika, d'une ampleur inédite depuis son arrivée au pouvoir il y a vingt ans, déclenchées par sa décision de briguer un cinquième mandat malgré une santé défaillante.

Un nouveau gouvernement de « technocrates »

Sous la pression croissante de la rue, le chef de l’Etat a renoncé lundi à se présenter et reporté la présidentielle prévue le 18 avril, prolongeant de fait son mandat actuel jusqu’à la fin d'une prochaine conférence nationale chargée de réformer le pays et d'élaborer une nouvelle constitution. Jeudi, face à la presse, le nouveau Premier ministre Noureddine Bedoui – qui a remplacé lundi le très impopulaire Ahmed Ouyahia – et son vice-Premier ministre, Ramtane Lamamra, ont tenté durant quatre-vingt dix minutes de promouvoir les décisions du chef de l’Etat, qui n’ont pas calmé la colère ces derniers jours.

« Nous avons entendu le message de la jeunesse algérienne » et « les revendications de la rue » fixeront le cap du futur gouvernement, a assuré Noureddine Bedoui. Sa composition sera dévoilée « au plus tard la semaine prochaine » et il s’agira d’une équipe de « technocrates », puisant dans les « jeunes compétences, hommes et femmes », dont dispose l’Algérie, a-t-il précisé. « La situation générale du pays est sensible et marquée parfois par des tensions ne permettant pas de parvenir à un consensus à même de répondre aux revendications » immédiatement, a argué Noureddine Bedoui en ouvrant la conférence de presse.

Le mandat du gouvernement « ne dépassera pas une année », promet le pouvoir

Noureddine Bedoui a justifié par la « volonté du peuple » le report de la présidentielle et l’extension par le chef de l’Etat de son mandat (des décisions jugées illégales voire inconstitutionnelles par de nombreux observateurs). « Il n’y a rien au-dessus de la volonté du peuple », a-t-il argué. Il n’a pas donné de date pour la future présidentielle à l’issue de laquelle le président Bouteflika s’est engagé à se retirer. Il a simplement indiqué que le mandat du gouvernement, qui n’aura qu’un rôle « de soutien et d’appui » de la conférence nationale, « ne dépassera pas une année », laissant entendre que la conférence elle-même pourrait avoir fini ses travaux en un an.

Sur les réseaux sociaux, les appels pour un 4e vendredi consécutif de grandes manifestations à travers le pays se multiplient. Cette journée-test, pour les contestataires comme pour le pouvoir, permettra de savoir si le président Bouteflika a réussi à apaiser la contestation qu'étudiants et universitaires, puis enseignants et lycéens, ont maintenu vivace en défilant en nombre mardi et mercredi.

« Il ne s’agit pas de rester au pouvoir pendant quelques semaines ou quelques mois de plus »

Mercredi, déjà, Ramtane Lamamra avait vanté sur les ondes de la radio nationale les mérites des annonces du chef de l’Etat. Pour le président Bouteflika, « il ne s’agit pas de rester au pouvoir pendant quelques semaines ou quelques mois de plus », a-t-il assuré, « la priorité absolue est de réunir les Algériens et de leur permettre d’aller ensemble vers un avenir meilleur ».

Un autre ancien diplomate, Lakhdar Brahimi, 85 ans, réputé proche d'Abdelaziz Bouteflika, a défendu aussi mercredi, à la télévision nationale, les solutions proposées par le chef de l’Etat, prônant le « dialogue » et mettant en garde contre tout « changement radical ». Mais, selon le quotidien Liberté, ces « interventions médiatiques ont eu le mérite de confirmer le profond décalage entre les solutions (…) proposées par le régime et celles défendues par le peuple ».