La Russie bouleverse de fragiles équilibres frontaliers

CAUCASE L'attitude russe pourrait créer un précédent et déstabiliser la région...

Sylvain Mouillard

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Les Occidentaux ont condamné la décision mardi de Moscou de reconnaître l'indépendance des deux républiques séparatistes de Géorgie, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, après le conflit dans cette ex-république soviétique du Caucase. Ils réclament que Moscou respecte ses engagements d'un retrait des troupes de ce pays.
Les Occidentaux ont condamné la décision mardi de Moscou de reconnaître l'indépendance des deux républiques séparatistes de Géorgie, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, après le conflit dans cette ex-république soviétique du Caucase. Ils réclament que Moscou respecte ses engagements d'un retrait des troupes de ce pays. — Dmitry Kostyukov AFP

C’est la crainte principale après la crise géorgienne: un «effet dominos» dans la région. La reconnaissance par la Russie de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud pourrait en effet entraîner un profond bouleversement de certaines frontières et remettre en question le fragile équilibre de cette région.

Pour le chercheur de l’Ifri Philippe Moreau Defarges, il existe deux précédents à la crise actuelle: la reconnaissance par la Turquie d’une République turque de Chypre-Nord en 1983, et la reconnaissance par la communauté internationale de l’indépendance du Kosovo, en février dernier.

«Colère d’enfants ou de voyous»

A l’époque, Moscou condamne ce qu’il considère comme une remise en cause de l’intégrité territoriale de la Serbie. Aujourd’hui, c’est à son tour d’entériner l’indépendance de deux provinces sécessionnistes géorgiennes, et de placer l’Occident devant le fait accompli.

Si la Russie «n’est pas à une contradiction près» selon le chercheur Philippe Moreau Defarges, son attitude n’en reste pas moins dangereuse. «Les Russes veulent montrer qu’ils sont les plus forts et qu’ils ne veulent plus être humiliés. Mais ce n’est pas une stratégie. C’est de la colère d’enfants ou de voyous», explique le chercheur.

Kouchner inquiet

Il estime même que la politique actuellement menée par Moscou pourrait se retourner contre elle. «La Russie joue avec le feu. Elle va être piégée dans la région, ça va être un bourbier caucasien». Selon lui, l’argument du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes pourrait constituer une «justification pour la Tchétchénie» qui aspire à son indépendance depuis 1991 et connaît depuis une violente répression militaire russe.

Outre la province russe, de nombreuses régions dans le Caucase et en Europe de l’Est pourraient être tentées de s’engager dans la voie de l’indépendance. Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères, a d’ailleurs reconnu ce mercredi sur Europe 1 que la Russie pourrait avoir «d’autres objectifs» dont «la Crimée, l'Ukraine, la Moldavie».

Toutes les frontières deviennent discutables

Silvia Serrano, chercheuse à l’EHESS et spécialiste du Caucase, tempère cette vision. Pour elle, on ne se dirige pas vers une vague de déclarations d’indépendance. Mais la décision russe «redistribue les cartes et pourrait perturber une région aux équilibres déjà fragiles. A partir du moment où on se met à discuter des frontières, elles deviennent toutes discutables.»

20minutes.fr fait le point sur ces zones à risques.

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