Crash d'Ethiopian Airlines: «Peu de pays ont les compétences et le sérieux pour analyser des boîtes noires»

INTERVIEW Bertrand Vilmer, du cabinet Icare et expert de justice en aéronautique, explique pourquoi c'est le BEA français qui va analyser les boîtes noires du crash d'Ethiopian Airlines

Propos recueillis par Rachel Garrat-Valcarcel

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Les deux boîtes noires du Boeing 737 MAX-8, l'avion d'Ethiopian Airlines qui s'est crashé le 10 mars 2019, arrivent au BEA, le bureau d'enquêtes et d'analyses, au Bourget, le 14 mars 2019.
Les deux boîtes noires du Boeing 737 MAX-8, l'avion d'Ethiopian Airlines qui s'est crashé le 10 mars 2019, arrivent au BEA, le bureau d'enquêtes et d'analyses, au Bourget, le 14 mars 2019. — Christophe Ena/AP/SIPA
  • Alors que l’accident a eu lieu en Ethiopie, d’une compagnie éthiopienne, sur un avion américain, c’est en France que les boîtes noires vont être analysées.
  • Seule une dizaine de pays, souvent avec une industrie aéronautique importante, ont la capacité pour mener de telles enquêtes. 
  • Le Bureau enquête et analyse français est l’un des plus réputé au monde, ce qui a pesé dans le choix fait par l’Ethiopie de lui confier les précieux enregistreurs.

C’est en France, ce jeudi après-midi, que les boîtes noires de l’avion qui s’est écrasé dimanche, non loin d’Addis-Abeba, en Ethiopie, sont arrivées. C’est là qu’elles doivent être analysées par les experts du BEA, le Bureau enquête et analyse, spécialisé dans les questions d’aviation.

Alors que l’accident n’a pas eu lieu en France, que ni l’avion ni la compagnie ne sont français, pourquoi les boîtes noires arrivent-elles dans l’Hexagone ? 20 Minutes a posé la question à Bertrand Vilmer, du cabinet Icare et expert de justice en aéronautique.

Qui décide où vont être analysées les boîtes noires ?

Dans une enquête technique aéronautique, ce sont des accords internationaux qui régissent ces questions. Pour savoir qui a à voir avec l’enquête, la liste est précise et ordonnée : où a eu lieu le crash ? Où l’avion a-t-il été construit ? Quel pays avait le plus de passagers ? De quel pays est la compagnie ?…. En l’occurrence, c’est l’Ethiopie qui coche pas mal de cases, et c’est elle qui décide.

Pourquoi ne décide-t-elle pas elle-même d’analyser les boîtes noires ?

A peu près tous les pays ont l’équivalent d’un BEA. Sauf que tous n’ont pas les mêmes moyens ou les mêmes compétences. Pour lire des boîtes noires, il faut de l’expérience, il faut un laboratoire. Il y a peu de pays qui ont les compétences et le sérieux. Une dizaine peut effectivement mener ce genre d’enquête. Ce sont des pays, le plus souvent, qui ont une grosse industrie aéronautique. Et la France a l’une des plus importantes industries de ce type au monde.

Pourquoi le choix de la France, et pas des Etats-Unis, le pays de Boeing ?

Dans des cas comme ça, il faut un pays plutôt neutre. Alors c’est difficile bien sûr quand on sait que les pays qui peuvent enquêter ont une industrie aéronautique. Mais en l’occurrence, ça ne pouvait clairement pas être les Etats-Unis, alors qu’il y a eu un défaut gravissime de certification de la part de la FAA, l’équivalent de la Direction de l’aviation civile chez nous.

Et justement, en France, avec Airbus, n’y a-t-il pas un risque de partialité ?

Cette hypothèse, c’est du roman-photo. Non, le BEA, ce sont des dizaines d’expertises, une réputation mondiale. Ce sont vraiment des gens qui aiment la technique, ils sont assez monstrueux. Si c’est « 1 », ils ne vont pas dire « 0 » juste parce que ça arrange Airbus.