Brexit: Les grandes entreprises vont-elles quitter le Royaume-Uni?

GOODBYE Alors que la date du Brexit, fixée au 29 mars 2019, approche, les grandes entreprises installées au Royaume-Uni doivent décider de leur avenir

Lucie Bras

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La City à Londres, le quartier d'affaires de la capitale.
La City à Londres, le quartier d'affaires de la capitale. — Tolga AKMEN / AFP
  • Le Royaume-Uni doit officiellement sortir de l’Union européenne le 29 mars 2019.
  • Face l'impasse politique actuelle, les milieux économiques s’inquiètent d’une sortie sans accord.
  • Certaines entreprises comme Dyson, Nissan ou Barclays ont déjà quitté le pays ; d’autres s’apprêtent à les imiter.

Londres, capitale financière de l’Europe. Pour combien de temps encore ? Alors que la date fatidique du  Brexit approche, le cœur économique du Royaume-Uni s’inquiète. A deux semaines de la date de sortie de l’Union européenne, chaque jour est décisif dans le « dossier Brexit ». Sortie négociée, sortie reportée ou Brexit sans accord (dit « dur » ou « no deal »), les députés peinent à se mettre d’accord. Si la majorité d’entre eux s’opposent au scénario du « no deal », la solution politique semble hors de portée. La sphère économique s’organise. Plongé dans l’incertitude, le Royaume-Uni risque-t-il un exode massif de ses entreprises vers le marché commun, plus rassurant, de l’Union européenne ?

« Cet exode a déjà commencé », affirme Pascale Joannin, directrice générale de la Fondation Robert Schuman. « L’accord sur le Brexit est difficile à trouver. Sans accord, ni période de transition, on passe du "cliff edge" au "saut dans le vide" ». Le « bord de la falaise », souvent cité par les commentateurs pour décrire la situation au Royaume-Uni, pèse sur les milieux économiques.

Airbus sur le départ ?

Pour les entreprises qui se sont installées dans le quartier d’affaires londonien de La City, attirées par les avantages financiers offerts par la ville, c’est l’heure du choix : rester, ou rejoindre le marché commun européen. On compte déjà quelques grands noms parmi les candidats au départ : Barclays, Merrill Lynch, Nissan ou Dyson ont déjà quitté le Royaume-Uni, même si ce dernier ne reconnaît pas être parti à cause du Brexit. Le géant aéronautique européen Airbus a évoqué des décisions « très douloureuses » à venir.

« Un certain nombre d’entreprises ou de sociétés financières basées à Londres ont compris qu’elles ne seraient plus dans l’Union européenne un jour et qu’elles n’auraient plus accès au marché européen », commente Pascale Joannin. Un marché qui représente 517 millions de consommateurs, contre seulement 60 millions de Britanniques. « Ce n’est pas la même échelle », ironise Pascale Joannin.

Le Royaume-Uni toujours attractif pour certaines entreprises

Un choix qui n’est pas forcément gagnant. Catherine Mathieu, économiste à l’OFCE, spécialiste du Royaume-Uni et de l’Union européenne, ne croit pas à un Brexit dur. « Tout le monde fera tout pour éviter une sortie dans accord. S’il y a un accord, quelles sont les raisons de quitter Londres ou le Royaume-Uni ? Si vous êtes une grande entreprise, cela reste très attractif en termes de fiscalité », nuance-t-elle.

Pour elle, ces départs s’inscrivent dans un contexte économique plus général. « Le secteur automobile est très bouché depuis l’apparition de nouvelles normes, notamment sur les moteurs diesel et électrique. Le Brexit est un élément de leur décision mais pas le seul. La production baisse partout. Les constructeurs japonais saisissent le Brexit pour prendre des décisions qu’ils auraient dû prendre de toute façon », explique-t-elle. Pour Airbus, cependant, la menace est réelle. « L’entreprise a mis en place tout un processus de production dans l’UE. Si demain, ça devenait trop compliqué d’exporter et d’importer les ailes d’avion fabriquées au Royaume-Uni, Airbus pourrait prendre la décision d’aller les produire ailleurs », poursuit Catherine Mathieu.

New York et Singapour plutôt que l’Union européenne

Des marchés qui intéressent les autres pays d’Europe. À grand renfort de publicité, Paris et Francfort se font concurrence pour attirer ces activités financières en transit. Amsterdam cherche aussi accueillir les sièges des multinationales avec sa politique fiscale très intéressante. Un calcul qui a ses limites. « Ce n’est pas qu’une question de fiscalité avantageuse. A Londres, il y a tout le cadre légal et l’anglais, qui est la langue des affaires. Beaucoup de commerce et de contrats d'assurances se font sur les bases du droit britannique. C’est tout un système dont les entreprises maîtrisent le fonctionnement », avertit Catherine Mathieu. « A Paris ou Francfort, il y a un problème de langue et de droit », ajoute-t-elle.

Catherine McGuinness, l’une des principales dirigeantes du lobby financier londonien, considère d’ailleurs que les concurrents « naturels » de Londres sont davantage New York et Singapour que Paris et Francfort. « Nous ne nous attendons pas à un exode massif d’emplois parce que les activités menées ici dépassent largement le cadre européen », assurait-elle en janvier dernier. Pour compenser les effets néfastes du Brexit, elle préfère parier sur le développement de la « fintech » (start-up financières) et de la finance verte.