Renoncement de Bouteflika: Les étudiants algériens dénoncent une «ruse» du président

CRISE POLITIQUE Après le retrait de sa candidature et l’annonce du report des élections, les étudiants accusent le président algérien de vouloir gagner du temps

20 Minutes avec AFP

— 

Des milliers d'étudiants algériens ont manifesté à Alger, le 11 mars 2019, après le retrait de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika  et le report des élections.
Des milliers d'étudiants algériens ont manifesté à Alger, le 11 mars 2019, après le retrait de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika et le report des élections. — Arslane BESTAOUI/SIPA

Après l’annonce du retrait de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat et le report de la présidentielle, des milliers d’étudiants ont manifesté, ce mardi en Algérie, pour dénoncer une « ruse » du président algérien pour se maintenir au pouvoir.

« Les étudiants résistent à la prolongation du 4e mandat ! », « pacifique, pacifique », « pas de ruse, Bouteflika » ont notamment scandé les manifestants après le retrait de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat et le report des élections. Le président algérien, qui a prolongé par là même son mandat jusqu’à un prochain scrutin dont la date sera fixée par une « Conférence nationale », est accusé de vouloir se maintenir au pouvoir.

« Bouteflika se moque de nous. Depuis le début il voulait prolonger son mandat »

Plusieurs dizaines de manifestations ont eu lieu depuis le 22 février dernier lors de l’annonce du président Bouteflika de briguer un 5e mandat à la présidentielle initialement prévue le 18 avril. « C’est une ruse pour gagner du temps, pour tenter d’enrayer le mouvement, le temps de ramener une autre marionnette comme président », a déclaré à Amel, étudiante en Mathématiques-Informatique à Alger.

« Bouteflika se moque de nous. Depuis le début il voulait prolonger son mandat (…) il a eu ce qu’il voulait (…) de manière illégale », a estimé Ghania Bellal, 19 ans, étudiante en 2e année de journalisme à Alger. Signe de la réactivité des réseaux sociaux et des protestataires, sur les nombreuses pancartes, le « 5 », cerclé et barré de rouge, logo de la contestation initiale contre un 5e mandat, a laissé la place à un « 4 + », refus du prolongement de l’actuel 4e mandat d’Abdelaziz Bouteflika, qui expire le 28 avril.

Des manifestations d’ampleur prévues ce vendredi

Les étudiants se sont également mobilisés dans le reste de l’Algérie : notamment à Constantine, 3e ville du pays, à Béjaïa, grande ville de Kabylie (nord), à Tizi-Ouzou et Bouira, également en Kabylie et à Annaba (nord-est). L’importante mobilisation étudiante constitue une première indication de l’apparent échec des annonces du chef de l’Etat à calmer la contestation, d’une ampleur inégalée depuis sa première élection en 1999.

Mais le véritable révélateur sera vendredi, premier jour de week-end et traditionnelle journée de manifestation depuis bientôt trois semaines. Sur les réseaux sociaux, le hashtag « Mouvement_du_15_Mars » a déjà remplacé ceux des 22 février, 1er et 8 mars - les trois vendredi précédents théâtres de manifestations massives -, en appelant à un 4e vendredi de mobilisation.

L’opposition dénonce des « manœuvres désespérées »

Si le camp présidentiel - Front de libération nationale (FLN) du chef de l’Etat ou Rassemblement national démocratique (RND), son principal allié - estime que les propositions d’Abdelaziz Bouteflika répondent « aux aspirations du peuple », elles ont été critiquées par l’opposition, marginalisée par la contestation populaire. L’Avant-garde des Libertés, parti d’Ali Benflis, ancien Premier ministre de Bouteflika passé à l’opposition, y voit une de « ces dernières manœuvres désespérées ».

Principal parti islamiste, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) a dénoncé une tentative « de contourner la volonté des Algériens », tandis que le petit Parti des Travailleurs (PT) a jugé que « la prolongation du 4e mandat » traduisait « une volonté de travestir la volonté de l’écrasante majorité du peuple ». Après deux semaines d’hospitalisation en Suisse, Abdelaziz Bouteflika, 82 ans et sérieusement affaibli à la suite d’un AVC en 2013​, est apparu lundi soir sur des images diffusées par la télévision nationale, peu après ses annonces.