«Moscou suit ses intérêts, quel que soit le prix»

RUSSIE La chercheuse Laure Delcour répond aux questions de 20minutes.fr...

Propos recueillis par Sylvain Mouillard

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Une armée toujours très présente jeudi sur le terrain en Ossétie du Sud mais aussi en territoire auparavant sous contrôle géorgien autour de la république séparatiste.
Une armée toujours très présente jeudi sur le terrain en Ossétie du Sud mais aussi en territoire auparavant sous contrôle géorgien autour de la république séparatiste. — Kazbek Basaev AFP
Laure Delcour, chercheuse à l’Iris, analyse les conséquences de la reconnaissance par la Russie de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.

Le Président russe vient de reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Cela change-t-il quelque chose?

Dans les faits, ces deux régions étaient déjà très largement séparées de la Géorgie. Cette reconnaissance va surtout avoir des conséquences au niveau international.

Lesquelles?

Principalement la dégradation des relations de la Russie avec les Etats-Unis. La coopération russe avec l’Otan et les accords passés avec l’OMC sont également remis en cause.

Comment expliquer que Moscou ait passé le cap de la reconnaissance?

Cette décision intervient dans un contexte de plusieurs mois de tensions très vives, notamment avec le projet d’élargissement de l’Otan à la Géorgie et l’Ukraine. L’intervention géorgienne en Ossétie du Sud, dans la nuit du 7 au 8 août, a été le détonateur. Cette spirale trouve ses racines dans l’humiliation qu’ont ressentie les Russes dans les années 90. Ils avaient le sentiment qu’ils n’étaient plus entendus.

La Russie a désormais choisi de se défendre face à ce qu’elle considère comme une agression, et de suivre ses intérêts quel qu’en soit le prix. Il y a également une espèce de revanche après la déclaration d’indépendance du Kosovo, en février dernier, soutenue par les Occidentaux. Moscou leur rend la monnaie de leur pièce.

La région risque-t-elle une déstabilisation plus grave?

La présence américaine en Europe de l’Est et dans le Caucase (NDLR: notamment avec le bouclier anti-missiles) est un facteur aggravant. Il faudra attendre les élections américaines pour savoir quelle attitude Washington adoptera. Si McCain est élu, il suivra sûrement une ligne dure. En fait, la région se trouve dans une situation explosive, qui peut dégénérer. Tout dépendra du degré de mesure que les différents acteurs pourront garder, au contraire de ce que Tbilissi et Moscou ont fait.

La Russie va-t-elle adopter un ton différent vis-à-vis de l’Union européenne (UE) et des Etats-Unis?

C’est déjà le cas. La Russie et l’UE sont des partenaires et des voisins qui doivent continuer à dialoguer. Les Etats-Unis ne sont pas dans la même perspective, ils peuvent avoir un discours plus ferme. Néanmoins, on peut penser que cette crise va permettre à l’UE d’adopter plus facilement un ton commun lors du sommet européen extraordinaire de lundi prochain. L’UE va faire en sorte de garder un dialogue avec Moscou. Des sanctions sont difficilement envisageables, et contribueraient à radicaliser la Russie.