Manifestations en Algérie: Une marée humaine défie le président Abdelaziz Bouteflika à Alger

MANIFESTATION La mobilisation pacifique contre un cinquième mandat du président Bouteflika a été largement supérieure à celle des manifestations des deux derniers vendredis

20 Minutes avec AFP

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Une marée humaine a défile le 8 mars 2019 à Alger contre un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika.
Une marée humaine a défile le 8 mars 2019 à Alger contre un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika. — Fateh Guidoum/AP/SIPA

Une mobilisation immense et difficile à évaluer. Une marée humaine. A l’occasion d’un troisième vendredi de manifestation contre un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, des milliers d’Algériens se sont réunis dans le centre d’Alger. La mobilisation pacifique a été largement supérieure à celle des manifestations des deux derniers vendredis à Alger, pourtant déjà impressionnantes. Dans le centre de la capitale, la place de la Grande-Poste était noire de monde, de même que l’un des principaux axes d’Alger qui y mène, ainsi que les grandes artères environnantes.

Les manifestations coïncidaient avec la célébration du 8 mars, Journée internationale du droit des femmes, et nombre d’entre elles figuraient parmi les manifestants de tous âges qui défilent dans le calme, aux cris de « Pouvoir, assassin », ou « Pas de cinquième mandat, eh Bouteflika ! ». « Ils ont les millions, nous sommes des millions », indiquait une pancarte brandie par une femme dans le cortège.

Les Algériens pas impressionnés par le message d’Abdelaziz Bouteflika

D’autres manifestations, également pacifiques, se sont déroulées ailleurs dans le pays, notamment à Oran et Constantine, deuxième et troisième villes d’Algérie, selon le site d’information TSA (Tous sur l’Algérie) qui a également parlé d’une foule « impressionnante » à Béjaïa, dans la région de Kabylie.

Sur les réseaux sociaux, le hashtag « #Mouvement_du_8_Mars » s’était répandu ces derniers jours, appelant à une mobilisation massive en Algérie. Les Algériens n’ont donc semble-t-il pas été impressionnés par le message que leur a adressé jeudi Abdelaziz Bouteflika, hospitalisé en Suisse depuis plus de dix jours et dont le retour au pays n’a toujours pas été annoncé. Dans ce message, le chef de l’Etat, présenté par ses partisans comme le garant de la paix dans le pays, a agité le spectre du « chaos » et dénoncé, sans les nommer, les ennemis « insidieux » et ceux « qui conspirent » contre l’Algérie.

Les Algériens parlent ouvertement de leur ras-le-bol

En creux, le chef de l’Etat, très diminué par les séquelles d’un AVC dont il a été victime en 2013, réaffirme qu’il n’entend pas renoncer à briguer un cinquième mandat lors de la présidentielle du 18 avril. Mais la rue algérienne ne semble pas prête non plus à céder, malgré les rappels du chef de l’Etat, sur la « tragédie nationale » de la décennie de guerre civile (1992-2002) et la « déferlante du Printemps arabe ».

Les dirigeants « ne vont pas lâcher facilement, mais nous ne lâcherons pas non plus », a expliqué jeudi soir un chauffeur de taxi, alors que les Algériens parlent désormais ouvertement et en public de la contestation et de leur ras-le-bol. Aucun incident n’a été signalé. Initialement présents en nombre, les policiers se sont contentés d’observer, avant que plusieurs camionnettes de police, submergées au milieu de la foule ne commencent à évacuer la place.