Pakistan: Pourtant officiellement interdits, les combats de chameaux rassemblent des milliers de personnes

ANIMAUX Le propriétaire du chameau victorieux remporte une prime de quelque 100.000 roupies, soit 715 dollars

20 Minutes avec AFP
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Illustration d'un chameau.
Illustration d'un chameau. — Karim Sahib / AFP

Si les combats de chameaux sont officiellement interdits au Pakistan, la pratique rassemble des milliers de personnes, notamment au festival de Layyah, une ville au centre du pays.

Sur un terrain poussiéreux, les chameaux, débarrassés de leurs pompons et grelots, s’affrontent à coups de dents et de tête, tentant de se renverser au sol.

Ours, coqs, chiens… Une longue tradition de combats sanglants

« C’est un événement culturel et les gens viennent ici pour y assister avec passion et zèle », raconte l’un des spectateurs, Atiq ur Rehman. « Vous pouvez voir l’excitation ici. » Au bout d’un moment, l’arbitre déclare l’un des deux animaux vainqueurs du match et ses admirateurs se ruent tout autour de lui. Son propriétaire s’installe fièrement sur sa bosse, savourant sa victoire mais aussi la prime de quelque 100.000 roupies, soit 715 dollars, qui l’accompagne.

Les combats de chameaux sont illégaux au Pakistan, ce qui n’empêche pas un événement comme celui de Layyah d’attirer des foules. Le pays affiche une longue histoire de combats sanglants du même type, qu’ils impliquent des ours, des coqs ou des chiens.

« Les gens se rassemblent et oublient les angoisses de la vie courante »

« Selon la loi pakistanaise, tous les combats d’animaux sont illégaux », indique Abdul Ahad Shah, juriste auprès de la Ligue de protection des animaux. Selon lui, la plupart des chameaux blessés lors de combats ne reçoivent pas de soins appropriés. « C’est cruel », dit-il. « Les villageois utilisent des traitements locaux (à base de plantes et de produits naturels) pour soigner les blessures. »

Mais les fans de ce « sport » balaient ces critiques, affirmant qu’il s’agit d’une tradition dans les zones rurales de la province du Pendjab. Les chameaux sont entraînés pendant plus d’un an avant de commencer à combattre. « Cela fait connaître notre culture », se réjouit Muhammad Ali Jatoi, un ancien d’un village. Lors de ces combats, « les gens se rassemblent ici, se saluent et oublient les angoisses de la vie courante », souligne-t-il.

La Turquie veut inscrire les combats de chameaux au patrimoine de l’Unesco

Le Pakistan ne fait guère d’effort pour faire appliquer l’interdiction des combats d’animaux, même si des mesures occasionnelles sont prises. Un amendement voté l’année dernière propose une amende revue à 300.000 roupies (2.150 USD) contre 50 roupies à peine auparavant, pour toute personne ayant poussé des animaux à combattre. La loi, qui remontait à 1890, soit à l’époque coloniale britannique, n’avait jusqu’alors jamais été modifiée. Le Coran recommande aussi aux musulmans de ne pas considérer les combats d’animaux comme un sport.

Les matches de chameaux sont également courants en Afghanistan et au Moyen-Orient. La pratique remonterait à plusieurs milliers d’années. En Turquie, qui accueille un très populaire festival de combats de chameaux à Selcuk, des médias locaux ont fait état de tentatives d’hommes politiques locaux d’obtenir l’inscription de la pratique sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.