Irak: L'ONG HRW dénonce la torture et la condamnation injuste d'enfants pour appartenance à Daesh

JUSTICE Après avoir déclaré la «victoire» sur l'EI, les autorités poursuivent hommes, femmes et enfants accusés d'appartenir au groupe djihadiste

20 Minutes avec AFP

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Des femmes et des enfants dans un camp de déplacés en Irak en mars 2017 (illustration).
Des femmes et des enfants dans un camp de déplacés en Irak en mars 2017 (illustration). — Sebastian Castelier/SIPA

A l’issue d’une procédure judiciaire qu’elle juge « profondément biaisée », avec des aveux obtenus par la torture, des enfants ont été condamnés par les autorités irakiennes pour leurs liens présumés avec le groupe Etat islamique (EI), a dénoncé l'ONG de défense des droits humains, Human Rights Watch (HRW), ce mercredi. 

L’ONG a publié un rapport fondé sur des entretiens avec 29 enfants irakiens actuellement détenus, ou qui l’ont été, par le gouvernement fédéral et les forces de sécurité dans la région autonome du Kurdistan irakien. Après avoir déclaré fin 2017 la « victoire » sur l’EI, les autorités poursuivent hommes, femmes et enfants accusés d'appartenir au groupe djihadiste​, coupable de multiples exactions dans le pays.

Des audiences de moins de dix minutes dans une langue que les enfants ne comprenaient pas

« Les contrôles, enquêtes et poursuites contre des enfants en tant que suspects de l’EI par les autorités irakiennes et le gouvernement régional kurde sont profondément biaisés, conduisant souvent à des détentions arbitraires et à des procès inéquitables », a déploré l’ONG. Selon HRW, de nombreux garçons ont été arrêtés sur la base de preuves fragiles, dans des camps ou à des points de contrôle. Ils ont ensuite été battus, subissant des chocs électriques, sans avoir le droit de voir leurs proches ou d’obtenir une aide juridique, et forcés à faire des aveux sous la torture, accuse HRW.

« Ils me battaient avec des tubes en plastique. Ils ont dit que je devais dire que j’étais avec l’EI, alors j’ai acquiescé », a raconté un garçon de 14 ans détenu par les forces de sécurités kurdes. Si l’EI a recruté et endoctriné de nombreux enfants, la plupart de ceux qui ont été interrogés par HRW ont déclaré n’avoir jamais combattu avec les djihadistes. Ils ont été jugés sans avocat lors d’audiences de moins de 10 minutes qui se déroulaient en kurde, langue que les garçons arabes ne comprennent pas. Leurs condamnations au Kurdistan oscillent de six à neuf mois de prison ferme.

Près de 1.500 enfants détenus pour appartenance à Daesh et des centaines condamnés pour terrorisme

La justice fédérale a, elle, condamné des enfants jusqu’à 15 ans de prison et les a envoyés dans des prisons surpeuplées, aux côtés d’adultes, en violation des normes internationales. « Chaque jour était une torture. Nous étions battus tous les jours, chacun de nous », a rapporté un adolescent de 17 ans ayant passé neuf mois en prison. Après avoir été libérés, beaucoup ne sont pas retournés pas chez eux de peur d’être de nouveau arrêtés ou de subir des représailles au sein de leur communauté.

HRW estime que les autorités irakiennes et le gouvernement régional kurde détenaient fin 2018 environ 1.500 enfants pour appartenance présumée à l'EI. Des centaines d’enfants, dont au moins 185 étrangers, ont déjà été condamnés pour terrorisme. Pour Jo Becker, chargée des droits de l’enfant à HRW, il s’agit davantage d’une « vengeance aveugle qu’une justice rendue pour les crimes de l’EI ». « Les enfants impliqués dans des conflits armés ont le droit d’être réhabilités et réintégrés, pas d’être torturés et emprisonnés », a-t-elle poursuivi.