Rachid Nekkaz montre sa carte d'identité le 3 mars 2019, pour présenter une candidature à l'élection présidentielle algérienne
Rachid Nekkaz montre sa carte d'identité le 3 mars 2019, pour présenter une candidature à l'élection présidentielle algérienne — RYAD KRAMDI / AFP

ELECTIONS

L'élection présidentielle algérienne, dernier coup d'éclat de l'homme d'affaires Rachid Nekkaz

L'homme d'affaires ne sera finalement pas candidat à l'élection présidentielle algérienne, mais espère encore diriger le pays...

Lorsqu’on évoque son goût pour les coups d’éclats, Rachid Nekkaz s’agace : « Faire un livre d’entretiens avec Bill Clinton ou Jacques Chirac, c’est un coup d’éclat ? Organiser 150 manifestations en France contre la corruption et combattre la dictature algérienne, vous pensez que c’est un coup d’éclat ? » Le militant de 47 ans nous répond vendredi depuis les bureaux de son parti, le « Mouvement pour la jeunesse et le changement », à Alger, où il affirme être de manière « illégale » en « résidence surveillée par 70 policiers ».

« Je suis l’opposant numéro 1 au régime, l’homme le plus populaire d’Algérie. Je représente l’alternative à la dictature du régime Bouteflika, qui repose sur la force et la corruption et ne supporte pas ma candidature », fanfaronne-t-il.

Ce n’est pas la première fois que le natif de Val-de-Marne tente de se présenter à l’élection présidentielle algérienne. En 2014, il fait le tour des médias, mais renonce à la dernière minute. Devant les caméras, il affirme que le camion qui devait rapporter ses 60.000 parrainages s’est perdu dans la nature.

Nouveau coup de théâtre ce dimanche : l’homme d’affaires, qui ne remplit pas les conditions d’éligibilité* pour la présidentielle, présente la candidature… d’un autre Rachid Nekkaz. Un cousin mécanicien, homonyme, à la surprise générale. « Si mon cousin est élu, on créera immédiatement le poste de vice-président par voix parlementaire, fonction que j’occuperai. Et le président élu démissionnera aussitôt. Je prendrai alors automatiquement le poste de président, inch’Allah », nous précise-t-il ce lundi par message.

Un habitué du buzz médiatique

Le parcours de Rachid Nekkaz est jalonné de ce type de buzz médiatiques. En 2007, il fait parler de lui dans une histoire de parrainages, déjà. Candidat à la présidentielle française, il déchire en direct la signature d’un maire qu’il avait achetée pour 1.550 euros aux enchères, pour mieux dénoncer la pratique, disait-il alors. Le Franco-Algérien n’avait finalement pu présenter que 13 parrainages sur les 500 nécessaires, évoquant des « pressions » sur les élus le soutenant. En 2011, on le retrouve candidat malheureux à la primaire socialiste, déversant 10.000 pièces de 1 euro devant le siège du parti, et les photographes, pour protester contre les modalités d’organisation du scrutin.

Rachid Nekkaz tente également sa chance aux législatives, en Seine-Saint-Denis en 2007, où il n'obtient que 156 voix. « Je n’ai rien à vous raconter, car il n’a dû venir faire campagne qu’une fois ou deux à Montreuil. Je ne suis même pas sûre de l’avoir croisé sur le terrain », nous répond l’ancienne candidate PS, Mouna Viprey.

En 2013, lors de la législative partielle dans l’ancienne circonscription de Jérôme Cahuzac, il n’obtient pas une seule voix. Qu’importent les échecs, semble-t-il, pour peu que les médias s’intéressent au personnage.

Celui qui aurait fait fortune dans l’immobilier et les nouvelles technologies trouve un fort écho médiatique en 2010, lorsqu’il s’engage à payer les amendes des femmes condamnées pour port du voile intégral en France, en Belgique et en Suisse.

Le « Zorro du niqab », comme le surnomme la presse britannique, affirme aujourd'hui avoir déboursé 315.000 euros, tout en étant contre le voile intégral à titre personnel. « C’est une position voltairienne. Je suis un militant des droits de l’homme, j’ai toujours défendu les mêmes principes », dit-il, évoquant pêle-mêle les Roms, la famille Moulin-Fournier, les Ouïgours ou les Tibétains. Ses condamnations par la justice française font aussi la une des médias : en 2013, il est condamné pour achat de parrainages et pour avoir loué deux logements indignes à Choisy-le-Roi.

« Le phénomène nommé Nekkaz » séduit une partie de la jeunesse

« On m’a mis des bâtons dans les roues car je défendais les stigmatisations contre les musulmans. Tout ça, c’est de l’histoire ancienne. Aujourd’hui, je suis 100 % algérien », dit-il. Le quadragénaire a séduit une partie de la jeunesse du pays, réussissant à mobiliser les foules ces dernières semaines lors de ses déplacements en Algérie.

Le quotidien indépendant El Watan s’étonnait ainsi fin février du « phénomène nommé Nekkaz » : « Les images de ses passages dans les villes algériennes où il descend en personne collecter les signatures sont édifiantes. Hier encore, il a fait le plein à Guelma […] A Khenchela, Batna ou Tébessa, à l’Est comme à l’Ouest, là où il passe il laisse son empreinte. Du jamais vu ! »

Rachid Nekkaz au milieu de ses partisans.
Rachid Nekkaz au milieu de ses partisans. - RYAD KRAMDI / AFP

« Il a fait fortune dans la bulle internet et l’immobilier. Il a renoncé à la nationalité française au moment où beaucoup cherchent à quitter le pays et a soutenu des femmes en burqa. Cela le rend très populaire chez les moins de 25 ans, qui sont en déshérence sociale et chez qui il peut constituer un modèle de réussite », assure Kader Abderrahim, chercheur à l’Iris. « Il a aussi une très bonne équipe sur les réseaux sociaux et aime le tapage médiatique mais n’a pas de réel projet politique », nuance le maître de conférences à Sciences Po Paris. Sa page Facebook compte 1,8 millions d’abonnés, ses vidéos sont visionnées des centaines de milliers de fois.

« Si je suis populaire, c’est parce que je suis sur le terrain. J’ai marché 3.124 km à travers tout le pays depuis 2013, je ne suis pas un simple YouTubeur d’Alger. Nous avons publié un programme sur notre site avec des propositions dans tous les domaines depuis deux ans », se défend l’intéressé. « Ses marches ont connu un écho auprès des jeunes, mais il n’apporte pas d’alternative, pas de réflexion sur un nouveau type d’institution, c’est une coquille vide », tranche Amel Boubekeur, chercheuse à l’ENS et spécialiste de la politique algérienne.

Qu'importe, le vrai-faux candidat entend jouer un rôle dans la présidentielle à venir. « Suite au refus du Conseil constitutionnel d’accepter mon dossier, j’ai été obligé de sortir mon plan B afin de rester dans le jeu et maintenir la pression sur la dictature de Bouteflika », nous écrit-il, évoquant l’imbroglio de dimanche autour de son cousin.

*Même s’il a renoncé à la nationalité française, Rachid Nekkaz, initialement franco-algérien, semble inéligible, la loi prévoyant notamment qu’un candidat ne doit jamais « avoir possédé une autre nationalité » qu’algérienne.