La Russie durcit sa politique étrangère

RUSSIE Moscou cherche à réaffirmer sa puissance sur la scène internationale...

Sylvain Mouillard

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RTR/AFPTV
Le Parlement russe a approuvé ce lundi une demande de reconnaissance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Cette décision, si elle n’a pas de valeur légale (le président Medvedev doit donner son accord), représente un nouvel affront au principe de l’intégrité territoriale de la Géorgie, ardemment défendu par les puissances occidentales.

Existe-t-il donc une réelle chance pour que la Russie change sa politique dans la région, elle qui s’était toujours attachée à défendre l’intégrité territoriale des états? Moscou est-il en train de revoir sa politique étrangère?

La crainte de l’encerclement

Isabelle Facon, chercheuse à la Fondation pour la recherche stratégique, rappelle que les raisons de l’envergure de l’intervention russe sont multiples: «Les Russes ont toujours eu la crainte d’être encerclés. Ils veulent donc exercer un contrôle sur leur voisinage». L’intérêt économique de la région existe aussi (notamment le contrôle des voies d’évacuation des hydrocarbures vers l’Europe), mais il n’a pas été prédominant dans les motivations russes.

En fait, deux éléments ont provoqué la colère de la Russie. La déclaration d’indépendance du Kosovo, en février dernier, et le dernier sommet de l’Otan à Bucarest, en avril. Le Kremlin a vu d’un mauvais œil la déclaration finale du sommet, qui stipulait notamment que l’Ukraine et la Géorgie rentreront un jour dans l’Otan. Une éventualité dont ne veut pas entendre parler la Russie, qui refuse de voir à ses frontières un pays membre de l’organisation emblématique de la guerre froide.

Moscou change de ton

Comme l’explique Isabelle Facon, «ce n’est pas la première fois que les parlementaires russes agitent la question de la reconnaissance des deux provinces sécessionnistes. Mais jusqu’à présent, le Kremlin s’était toujours gardé de reconnaître leur indépendance».

Une telle décision aurait pu avoir un coût politique trop important, notamment dans les relations avec les pays occidentaux. Mais Isabelle Facon observe ces derniers temps un certain changement de ton à Moscou: «Suite aux déclarations récentes du président Medvedev sur le statut de l’Ossétie, on ne peut pas complètement exclure que la Russie joue la carte de la reconnaissance de l’indépendance».

Effet domino?

Silvia Serrano, chercheuse à l’EHESS, perçoit elle aussi une inflexion dans la position russe: «Moscou aurait intérêt au statu quo dans la région. Mais la Russie a désormais d’autres considérations, d’ordre symbolique. Elle est prête à rompre le statu quo pour réaffirmer sa puissance sur la scène internationale».

C’est maintenant le jeu diplomatique qui fixera jusqu’où la Russie est prête à aller. Mais pour Isabelle Facon, une chose est claire, «la Géorgie a largement perdu ses chances de contrôle sur l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud».

Silvia Serrano craint même un effet domino après la crise en Géorgie. D’autres conflits frontaliers, en Transnistrie, au Haut-Karabakh voire en Ukraine pourraient se réveiller.