Algérie: Des manifestations massives mais sans réactions politiques

BOUTEFLIKA Ni le camp présidentiel, ni l’opposition parsemée, ne semble réagir aux manifestations historiques qui secouent le pays

J.-L. D. avec AFP

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En Algérie, les manifestations prennent de l'ampleur contre un cinquième mandat de Bouteflika.
En Algérie, les manifestations prennent de l'ampleur contre un cinquième mandat de Bouteflika. — Arslane Bestaoui/SIPA

En Algérie, alors que les manifestations contre un cinquième mandat d' Abdelaziz Bouteflika ont atteint des niveaux historiques, et à quelques heures du dépot des candidatures à l'élection suprême (dimanche à minuit heure locale), le camp présidentiel reste bien discret. 
Excepté le limogage ce samedi du directeur de campagne et ex-Premier ministre Abdelmalek Sellal, remplacé par l'actuel ministre des Transports, mais effectué sans plus d'explication ni de commentaire. 

Absence physique du président

Aucun responsable algérien n'a jusqu'ici réagi officiellement à l'imposante mobilisation des Algériens vendredi à travers le pays pour s'opposer à la perspective d'un cinquième mandat de Bouteflika, au pouvoir depuis 1999, qui a célébré ses 82 ans samedi.
Hospitalisé en Suisse depuis six jours, officiellement pour « des examens médicaux périodiques », le retour en Algérie du chef de l'Etat n'a toujours pas été annoncé.

En l'absence physique du président, qui ne s'est pas adressé aux Algériens depuis un AVC en 2013 et qui n'apparaît plus que rarement en public, c'était Abdelmalek Sellal qui s'était retrouvait en première ligne depuis le début de la contestation. Son remplaçant est lui peu connu du grand public.

Le camp présidentiel jouerait la montre

Toute la semaine, le camp présidentiel a réaffirmé que la contestation n'empêcherait pas le scrutin de se tenir dans les délais et que le dossier de candidature du chef de l'Etat serait remis dimanche au Conseil constitutionnel.

Les autorités « espèrent tenir jusqu'à dimanche, avec l'espoir qu'une fois la candidature de Bouteflika actée et rendez-vous donné dans les urnes, la contestation s'essoufflera », expliquait à l'AFP, avant les derniers défilés en date, un observateur sous le couvert de l'anonymat.

Difficile de savoir si la mobilisation exceptionnelle de vendredi peut changer la donne. « Ce n'est pas dans les habitudes de ce régime de céder à la rue », note l'observateur, « s'il recule sur la candidature, jusqu'où devra-t-il reculer ensuite? ».

Manque d'adversaires crédibles

En revanche, le risque que l'actuel président se retrouve sans adversaire crédible apparaît réel, alors que son camp entend démontrer la légitimé du chef de l'Etat dans les urnes le 18 avril.

Seuls trois petits candidats ont pour le moment déposé leur dossier de candidature, tandis que trois figures de l'opposition semblent tergiverser et que le Parti des Travailleurs (PT), petite formation d'extrême-gauche, a renoncé, en raison de la contestation, à présenter un candidat pour la première fois depuis 2004.

Le plus connu des trois candidats enregistrés est Abdelaziz Belaïd, 55 ans: transfuge du Front de libération nationale (FLN) - ex-parti unique et formation du président Bouteflika -, qu'il a quitté en 2011 pour créer le Front Al-Moustakbel. Il avait recueilli 3% des voix à la présidentielle de 2014.

Les deux autres sont des quasi-inconnus: Ali Zeghdoud, président du microscopique Rassemblent algérien (RA) et Abdelkrim Hamadi, un indépendant. Déjà candidats déclarés lors de précédentes présidentielles, leur dossier n'avait pas été validé.

L'opposition, inaudible et totalement absente du mouvement de contestation né des seuls réseaux sociaux, a brièvement tenté et en vain de se mettre d'accord sur un candidat unique.

Incertitude sur la participation de nombreux candidats

Principal adversaire de M. Bouteflika aux présidentielles de 2004 et 2014, son ancien Premier ministre Ali Benflis annoncera dimanche s'il se porte ou non candidat. Tout comme Abderrezak Makri, président et candidat déclaré du Mouvement de la société pour la paix (MSP), principal parti islamiste qui a rompu en 2012 avec l'alliance présidentielle.

Ali Ghediri, général à la retraite débarqué sans parti fin 2018 de façon fracassante sur la scène politique en promettant notamment une « IIe République » et qui était extrêmement discret ces dernières semaines, déposera son dossier dimanche matin, a annoncé son coordinateur de campagne, Mokrane Ait Larbi sur le compte Facebook du candidat.

L'homme d'affaires Rachid Nekkaz, omniprésent sur les réseaux sociaux et qui draine des foules de jeunes enthousiastes, semble lui ne pas remplir les conditions d'éligibilité. Il dit avoir obtenu la perte de sa nationalité française, mais la loi électorale prévoit qu'un candidat ne doit jamais «avoir possédé une autre nationalité» qu'algérienne.

Une fois les dossiers déposés, le Conseil constitutionnel statuera dans les dix jours sur leur validité.