Enquête sur la Russie: Pourquoi le rapport de Robert Mueller ne sera (sans doute) pas explosif

ETATS-UNIS Au cours des prochaines semaines, le procureur spécial qui enquête sur la campagne de Donald Trump devrait transmettre un résumé factuel et laisser le Congrès américain se débrouiller avec

Philippe Berry

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Robert Mueller, le procureur en charge de l'enquête sur la campagne de Donald Trump et la Russie, en juin 2017 à Washington.
Robert Mueller, le procureur en charge de l'enquête sur la campagne de Donald Trump et la Russie, en juin 2017 à Washington. — Alex Wong/NEWSCOM/SIPA
  • Après près de deux ans d’enquête, le procureur Robert Mueller devrait sans doute rendre son rapport dans les prochaines semaines.
  • A ce stade, une trentaine de personnes ont été inculpées, et une demi-douzaine de responsables de la campagne de Donald Trump ont plaidé coupable.
  • Le rapport pourrait simplement présenter les faits mais ne pas apporter de conclusion sur les questions de collusion et d’obstruction, laissant au Congrès le soin de trancher.

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Impossible d’y échapper. Comme l’hiver dans Game of Thrones, le « Mueller report is coming » ! Face à la frénésie des médias américains, le bureau du procureur spécial chargé d’enquêter sur les soupçons de collusion entre la campagne de Donald Trump et la Russie a dû démentir que son rapport serait transmis au département de la Justice la semaine du 25 février. Attendu comme l’Evangile selon Saint Jean par les anti-Trump, le rapport n’apportera sans doute pas de réponse définitive aux questions qui agitent l’Amérique depuis deux ans – sa publication n’est même pas garantie. Ce qui ne signifie pas pour autant que le président américain sera tiré d’affaire.

Un rapport détaillé ou un résumé ?

Le 11 septembre 1998, la mise en ligne du rapport du procureur Kenneth Starr sur l’affaire Lewinsky avait presque cassé Internet, époque modems 56K. S’étalant sur 445 pages, il contenait de nombreux détails sur la vie sexuelle de Bill Clinton et concluait que les actions du président américain étaient « passibles d’un impeachment. »

L’avocat Paul Rosenzweig faisait partie de l’équipe de Starr. Selon lui, le rapport de Robert Mueller sera sans doute « très court ». « Il ne contiendra pas de conclusions comme ''Donald Trump a entravé la justice'' », prédit-il. L’explication tient au statut du procureur spécial, qui n’est plus indépendant depuis une réforme de 1999. Accusé par Donald Trump de mener une « chasse aux sorcières », Robert Mueller dépend du département de la Justice et devrait donc rester beaucoup plus neutre.

Neal Katyal, qui a rédigé la réforme, explique dans le New York Times s’attendre à « un résumé factuel des éléments trouvés dans le cadre de l’enquête », s’inspirant du rapport du Watergate. Les démocrates au Congrès pourraient utiliser cette « feuille de route » pour convoquer des témoins afin de décider si Donald Trump a commis des « crimes majeurs » justifiant d’engager une procédure d’impeachment.

Le rapport pourrait ne pas être rendu public

Rien ne garantit que le rapport sera rendu public. Robert Mueller doit le remettre au nouveau ministre de la Justice Bob Barr, qui décidera quelles parties il souhaite transmettre au Congrès. Les élus démocrates ont déjà prévenu qu’ils se tenaient prêts à déposer un recours pour que le texte soit publié dans son intégralité.

Les démocrates divisés sur un impeachment

Majoritaires à la Chambre, les démocrates ont commencé d’auditionner des témoins. Après l’ex-avocat Michael Cohen, le financier de la Trump Organization pourrait suivre. Certains parmi eux estiment que les malversations financières présumées dans le cadre de l’affaire Stormy Daniels et le limogeage du patron du FBI justifient à eux seuls d’engager le combat de l’impeachment. Mais l’élu Eric Swalwell a prévenu qu’il serait difficile à gagner sans preuve concrète d’une coordination avec la Russie.

Leur chef Nancy Pelosi, elle, attend le rapport de Robert Mueller, et surtout de voir si des sénateurs républicains sont prêts à lâcher Donald Trump. La Chambre peut en effet voter l’impeachment à la majorité simple, mais il faudrait deux tiers du Sénat – et donc l'aide d'une vingtaine d’élus républicains – pour condamner et destituer le président. En 243 ans d’histoire américaine, ce n’est jamais arrivé : au bord du gouffre, Nixon avait démissionné de lui-même.