John McCain, le retour du guerrier

USA 2008 Sa course à la présidence est la dernière étape d'une carrière semée d'embûches

Gilles Bouvaist

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Les candidats démocrates à la Maison Blanche Hillary Clinton et Barack Obama étaient au coude à coude mardi à l'occasion des primaires du "super mardi" tandis que chez les républicains John McCain était crédité d'une sensible avance sur ses rivaux
Les candidats démocrates à la Maison Blanche Hillary Clinton et Barack Obama étaient au coude à coude mardi à l'occasion des primaires du "super mardi" tandis que chez les républicains John McCain était crédité d'une sensible avance sur ses rivaux — Don Emmert AFP
De notre correspondant à New York

Fils de militaires – son grand-père fût un amiral décoré de la seconde Guerre mondiale, son père commandant de la flotte du Pacifique – John McCain, candidat républicain à la Maison Blanche, a acquis son caractère volcanique dès l’Académie navale en 1954. Humour sarcastique, mépris des règles et goût pour la bagarre lui valent une place au fond de sa promotion. Pendant ses classes en Floride, il rencontre sa première épouse, Carol Shepp. Avant de partir en 1967, deux ans après leur mariage, pour le Vietnam comme pilote de bombardier. Là, son avion est abattu par un missile lors d’une mission au-dessus de la capitale nord-vietnamienne: il restera cinq ans et demi dans la prison d’Hanoi où il sera battu et torturé. Libéré en 1973, il revient aux Etats-Unis en héros. Quatre ans après, il se rapproche du Congrès en tant qu’officier de liaison avec la Marine.USA2008

Une carrière mouvementée

Mais très vite, il se lance dans le grand bain. Après avoir divorcé avec sa première femme et épousé Cindy Hensley, il suit cette dernière dans l’Arizona, et décroche un siège à la chambre des représentants en 1982. Réélu, il devient sénateur en 1986. La consécration, de courte durée… en 1989, un scandale éclate. En cause, sa participation aux pressions exercées sur diverses agences fédérales pour sauver la banque en faillite d’un riche homme d’affaires et généreux donateur de l’Arizona, Charles Keating.

John McCain va jouer profil bas et construire son image de républicain atypique (ou « maverick »). Pote de plusieurs sénateurs démocrates (dont John Kerry), il se lance dans des guerres impopulaires dans son propre camp: contre les financements de projets ou contrats locaux dont les législateurs truffent leurs lois; contre l’industrie du tabac, et dans les années 1990, avec l’aide d’un démocrate (Russ Feingold, sénateur du Wisconsin), contre les financements des campagnes politiques, abreuvées des donations illimitées des lobbies, syndicats et de riches particuliers. Ce dernier combat (la loi Feingold-McCain passera en 2001) lui vaudra l’inimitié des plus conservateurs, pour qui ces sommes permettent de rééquilibrer ce qu’ils jugent être une couverture défavorable des médias à leur égard.

« Mac is back »

Chouchou des médias, il se lance en 2000 dans la campagne présidentielle où il décrochera une victoire inattendue dans le New Hampshire. Mais lors des primaires de Caroline du Sud, sa candidature s’effondre avec la rumeur, très probablement lancée par des groupes proches de George W. Bush qui l’accusent d’avoir donné naissance à une fille noire hors mariage (en fait, une Cambodgienne adoptée avec Cindy McCain). Il lui faudra du temps pour se réconcilier avec Bush, dont il fut l’un des critiques les plus bruyants pour sa gestion de la guerre en Irak, avant de soutenir la stratégie anti-insurrectionnelle lancée par le général Petraeus.USA2008
Peu après son échec en 2000, on lui retire un mélanome malin sur le visage, qui l’oblige depuis à des contrôles médicaux tous les trois mois. Reparti pour un tour en 2007 comme favori, avant de voir son équipe (et ses finances) de campagne partir en lambeaux, il est revenu en force en profitant des divisions du camp républicain. Son image d’icône patriotique et son expérience militaire pourraient lui permettre de profiter des faiblesses d’un Barack Obama qui a du mal à faire décoller sa candidature.