VIDEO. Audition de Michael Cohen: «Rien dans ses accusations ne permet de faire tomber Trump»

INTERVIEW Michael Cohen, l'ex-avocat de Donald Trump, a été entendu par le Congrès américain, et a dressé un portrait au vitriol de l'actuel locataire de la Maison Blanche

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Donald Trump et son ancien avocat, Michael Cohen.
Donald Trump et son ancien avocat, Michael Cohen. — NICHOLAS KAMM, MARK WILSON / AFP / GETTY IMAGES NORTH AMERICA
  • Michael Cohen, ex-avocat et homme de confiance de Donald Trump pendant plus de dix ans, a décidé « de ne plus protéger » son ancien patron.
  • Entendu par le Congrès, il a décrit un Donald Trump « raciste », « tricheur » et « arnaqueur », déclarant que le président l’a payé pour acheter le silence de Stormi Daniels et qu’il était au courant des révélations de WikiLeaks sur les e-mails de Hillary Clinton avant même leur révélation au grand public.
  • Mais pour Jean-Eric Branaa, « les déclarations de Cohen ne relèvent que de la rumeur et ne sont appuyées par aucune preuve tangible laissant entrevoir le début de la chute de Donald Trump ».

Un portrait au vitriol. Homme de confiance de Donald Trump pendant plus de dix ans, son ex-avocat Michael Cohen a décidé « de ne plus protéger le président Trump ». Entendu ce mercredi par la Commission d’enquête de la Chambre des représentants dans le cadre d’une audition qui a duré plus de neuf heures, Michael Cohen ne s’est pas contenté de ne plus protéger son ancien patron et actuel locataire de la Maison Blanche, il l’a bien chargé, décrivant «  un raciste, un tricheur, un arnaqueur », un homme volontiers menaçant et sans scrupule, qui ne s’est porté candidat à la présidence que pour mieux faire connaître sa marque. Un « escroc » qui, selon les dires de Michael Cohen, lui aurait remboursé l’argent versé à l’actrice de films pour adultes Stormy Daniels pour étouffer leur liaison, aurait floué le fisc américain, aurait eu connaissance des révélations de WikiLeaks sur les mails de Hillary Clinton avant leur révélation au grand jour et aurait personnellement négocié la construction d’une Trump tower à Moscou.

Des déclarations à sensation qui pourraient faire tomber le président Trump ? Les démocrates en rêvent, mais la crédibilité de l’ex-avocat, condamné à 3 ans de prison ferme notamment pour avoir menti au Congrès, pourrait au contraire renforcer Trump. Pour Jean-Eric Branaa, chercheur à l’IRIS et spécialiste des Etats-Unis, « c’est parole contre parole ».

Qu’est qui pourrait porter préjudice à Donald Trump au plan judiciaire et politique dans les déclarations de Michael Cohen ?

Sur le plan judiciaire : absolument rien, et c’est d’ailleurs ce qui surprend le plus quand on analyse les déclarations de Michael Cohen. C’est un avocat, qui a représenté les intérêts d’un homme riche et puissant pendant plus de dix ans. Il sait très bien qu’un argumentaire doit être solide et étayé. Or, ici, devant le Congrès, il est dans le registre de la rumeur, avance des faits sans pouvoir en fournir la preuve, déclare que Trump serait impliqué dans des affaires de nature à le faire tomber, tout en émettant des doutes sur sa culpabilité. Il explique qu’il pense qu’il y a eu collusion entre Trump et la Russie, avant de dire toutefois qu’il a des doutes. Or, quand on parle de justice, le doute profite toujours à l’accusé. Rien dans ses accusations ne permettrait de faire tomber Trump. On pourrait presque croire qu’il continue de protéger son ancien patron, c’est troublant.

Quelle crédibilité accorder aux déclarations de Michael Cohen, condamné par le passé notamment pour avoir menti au Congrès ?

Il est tout à fait possible que Michael Cohen n’ait dit que la vérité ce mercredi lors de son audition devant la chambre basse du Congrès. Mais à partir du moment où il a déjà menti devant cette institution par le passé et qu’il ne présente aucune preuve tangible de ce qu’il avance, il est difficile d’accorder une confiance pleine et entière à ses dernières déclarations.

Quelles conséquences cela pourrait-il avoir pour Trump ? Y a-t-il des preuves accablantes, de quoi nourrir le lancement d’une procédure d’impeachment, de destitution du président ?

On est ici dans le domaine de la rumeur. Trump lui-même a pu démolir les propos de Cohen dans son point presse donné ce jeudi matin depuis Hanoï, et déclarant à juste titre que son ancien avocat n’avait aucune preuve à verser à l’appui de ses déclarations. Michael Cohen a indiqué lors de son audition que Donald Trump se débrouille toujours pour qu’il n’y ait pas de preuves contre lui. Et force est de constater que malgré ses déclarations fracassantes, Michael Cohen n’a fourni aucun document permettant d’incriminer le président Trump.

L’ex-avocat a simplement fourni la copie d’un chèque de 35.000 dollars signé de la main de Trump, en remboursement des 130.000 dollars que l’avocat avait donné à l’actrice de films pornographiques Stormy Daniels pour acheter son silence sur sa liaison avec celui qui était alors candidat républicain à la campagne présidentielle. Cela ne prouve rien, il peut effectivement s’agir du remboursement de l’argent versé au nom de Trump à son ancienne maîtresse supposée pour la faire taire, tout comme il peut s’agir d’un règlement d’honoraires d’un client à son avocat.

Pour l’heure, rien dans les déclarations et pièces fournies par Michael Cohen ne permet de rassembler le début d’un élément à charge permettant d’engager une procédure d’impeachment. C’est même l’effet inverse : en l’absence de preuves, cela renforce Trump en poussant les Républicains à se resserrer derrière lui et ça complique la tâche des démocrates. Mais ces derniers ont encore des atouts dans leur stratégie anti-Trump : maintenant qu’ils ont la majorité à la Chambre des représentants, et sont ainsi dotés du pouvoir de lancer de nouvelles enquêtes, ils ne vont pas se priver de le faire, dans l’idée de salir l’image de Donald Trump et d’axer la prochaine campagne présidentielle autour de l’idée d’un président éthique et irréprochable, pour mieux mettre alors en avant le candidat démocrate qui aura été désigné.