VIDEO. « J’ai menti pour protéger le président Trump pendant des années»... L'audition de Michael Cohen digne du «Parrain»

ETATS-UNIS Mensonges, intimidation, trahison… L’ancien « fixeur » a vidé son sac, ce mercredi, mais les républicains ont attaqué sa crédibilité

Philippe Berry

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L'ex-avocat de Donald Trump, Michael Cohen, témoigne devant le Congrès américain le 27 février 2019.
L'ex-avocat de Donald Trump, Michael Cohen, témoigne devant le Congrès américain le 27 février 2019. — Patsy Lynch/REX/Shutterstock/SIPA

« J’ai menti pour protéger le président Trump pendant des années, et je vais payer le prix ultime. » Devant le Congrès et les caméras de télévision, ce mercredi, Michael Cohen s’est présenté en repenti qui n’a rien à perdre – ni à gagner – alors qu’il s’apprête à passer trois ans en prison pour fraude fiscale et violation de la loi sur le financement électoral.

L’ex-avocat personnel de Donald Trump a affirmé que ce dernier savait que WikiLeaks s’apprêtait à publier les emails piratés du parti démocrate, et qu’il était personnellement impliqué dans des négociations pendant la campagne pour construire une Trump Tower à Moscou. Les républicains, eux, ont passé la majorité du temps à attaquer sa crédibilité, rappelant qu’il avait notamment été condamné pour avoir menti au Congrès.

WikiLeaks, Stormy Daniels, projet immobilier à Moscou : les accusations

Par le passé, il avait juré qu’il « prendrait une balle pour Mr Trump ». Mercredi, Michael Cohen l’a répété : « Je ne protège plus le président Trump. » Lors de sa déclaration d’ouverture, l’ex-avocat s’est concentré sur quatre accusations principales. Selon lui :

  • Donald Trump s’est entretenu au téléphone avec son ancien conseiller Roger Stone et savait par avance que WikiLeaks s’apprêtait à publier « une avalanche d’emails préjudiciables à Hillary Clinton (les emails piratés du Parti démocrate) ».
  • Le président américain l’a personnellement remboursé via 11 chèques de 35.000 dollars pour « le paiement que j’ai fait pour étouffer sa liaison avec une star du porno [Stormy Daniels] pour protéger sa campagne ». Les paiements ont continué après l’investiture de Donald Trump, comme le prouve un chèque signé par le président en 2017.
  • Donald Trump « a mené les négociations sur la construction d’une Trump [Tower] à Moscou pendant la campagne et a menti à ce propos. »
  • Donald Trump savait sans doute que son fils allait rencontrer une avocate russe ayant promis des « informations compromettantes » sur Hillary Clinton – Donald Trump Jr s’est rendu dans le bureau de son père et lui aurait dit « le rendez-vous est confirmé ».

Les confessions d’un repenti ou d’un « menteur »

Avec son accent du New Jersey tout droit sorti des Soprano, Michael Cohen a fait son mea culpa : « J’ai honte de ce que j’ai fait pour protéger Mr. Trump. C’est un raciste, un tricheur, un arnaqueur. » Il dit avoir agi par « loyauté aveugle ». « Donald Trump vous a-t-il demandé de mentir ? », demande un élu républicain. Réponse de Cohen : « Pas directement, il ne fonctionne pas comme ça. Il parle de façon codée, et je comprends le code. Quand il me dit "je n’ai aucun business avec la Russie, il n’y a pas de collusion" avant mon témoignage, le message est clair. »

Décrivant son rôle de « fixeur », Michael Cohen affirme qu’il lui est arrivé de « menacer ou d’intimider des personnes pour protéger Donald Trump ». « Combien de fois, environ ? 50 ? », lui demande une élue démocrate. « Plus », répond Cohen. « 100 ? » « Plus » « 200 ? » « Plus. » « 500 ? » « Sur dix ans, environ oui. »

Les élus républicains brossent un portrait très différent. A chaque opportunité, ils le présentent comme « un criminel condamné » et « un menteur pathologique » qui n’a « aucune crédibilité ». « Parlez-vous de moi ou du président américain ? », riposte l’intéressé.

Deux éléments du « dossier » démentis

Le témoignage de Michael Cohen n’est pas complètement à charge. « Je ne suis jamais allé à Prague, je n’ai jamais été en République tchèque », a-t-il assuré, démentant ainsi l’un des éléments centraux du « dossier » compilé sur Donald Trump par l’ancien agent britannique Christopher Steele, qui décrivait une rencontre secrète avec des agents russes à Prague. Et la supposée « sextape » avec des prostituées russes que Moscou utiliserait comme « kompromat » pour faire chanter Donald Trump ? « Je ne pense pas qu’elle existe », répond Cohen.

Une autre enquête en cours contre Donald Trump

Michael Cohen a enfin fait du teasing sur une autre enquête ouverte contre Donald Trump. « Y a-t-il d’autres malversations ou actes illégaux liés à Donald Trump dont vous ayez connaissance et que nous n’avons pas encore évoqués aujourd’hui ? », lui demande un élu démocrate. « Oui, et encore une fois, ceux-ci font partie de l’enquête actuellement menée par » un tribunal fédéral de New York, répond l’intéressé, s’excusant de ne pas pouvoir en dire davantage. Il est également tenu au silence sur l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur les contacts de la campagne de Donald Trump avec la Russie. Le feuilleton continue.