Brexit: La piste d’un second référendum, nouveau rebondissement dans cette saga incroyable

ROYAUME-UNI Ce mardi a été encore riche en rebondissements sur l’épineux dossier Brexit. A un mois de la sortie officielle, rien ne semble encore réglé. Pas même la question d’un possible maintien du Royaume-Uni dans l’UE ?

Fabrice Pouliquen

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Jeremy Corbin, chef du Labour Party, le parti d'opposition britannique, le 26 février, quittant son domicile.
Jeremy Corbin, chef du Labour Party, le parti d'opposition britannique, le 26 février, quittant son domicile. — Tolga AKMEN / AFP
  • Le Labour party, parti d’opposition, se dit prêt désormais à présenter ou soutenir l’idée d’un second référendum sur la question du Brexit, énième rebondissement à un mois maintenant de la sortie officielle du Royaume-Uni de l’UE.
  • Il ne s’agirait que d’une ultime option, la priorité étant au moins d’éviter la perspective d’un « no deal », une sortie sans accord que craignent autant les travaillistes qu’une part croissante des conservateurs.
  • Au milieu, il y a la Theresa May, de plus en plus esseulée. Ce mardi, contrainte, la Première ministre britannique a ouvert néanmoins la voie à un possible report du Brexit.

Le parti travailliste se dit prêt à tout pour éviter qu’un «  Brexit de droite soit imposé au pays ». Quitte à ajouter un énième rebondissement à ce dossier bien compliqué. Lundi soir, Jérémy Corbyn, le leader du parti d’opposition, a ainsi annoncé qu’il présenterait ou soutiendrait un amendement en faveur d’un vote populaire pour empêcher que le Brexit nuisible voulu par le Parti conservateur de la Première ministre Theresa May, majoritaire au parlement.

En clair, à un mois de la sortie officielle de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, le parti travailliste pourrait pousser, dans les prochains jours, à l’organisation d’un second référendum sur le Brexit après celui du 23 juin 2016, lorsque 52 % des Britanniques ont voté « leave ». Quelle porte de sortie pour ce Brexit ? Éléments de réponse avec Philippe Marlière, professeur de sciences politiques au University College de Londres.

Cette proposition de second référendum est-elle nouvelle ?

Pas vraiment. Le 25 septembre dernier, lors du congrès annuel du Labour Party à Liverpool, les délégués présents avaient voté à une écrasante majorité une motion sur le Brexit qui permettait à leur parti de rejeter tout accord de sortie de l’UE ne respectant pas les critères qu’il s’est fixés et, éventuellement, d’organiser un second référendum.

Cette question d’un second référendum divise au sein même du Labour party. « Les militants sont majoritairement pour [37 % des électeurs du parti ont voté pour la sortie de l’UE en 2016], explique Philippe Marlière. Mais les députés travaillistes sont beaucoup moins tranchés. Un tiers, environ, est contre. Certains ont eux-mêmes voté pour le « leave ». D’autres sont issus de circonscriptions où les électeurs ont voté massivement en 2016 pour une sortie de l’UE et veulent ainsi respecter leur vote. » Jeremy Corbyn lui-même a longtemps été présenté comme réticent à cette idée de référendum.

Quelle pourrait être la question de ce second référendum ?

« Ce n’est pas très clair encore aujourd’hui, poursuit Philippe Marlière. La question pourrait plus porter sur les termes de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Autrement dit, êtes-vous pour ou contre le deal jusqu’à présent négocié par Theresa May avec l’Union européenne sur le Brexit. Mais, il est possible que les travaillistes demandent à ajouter d’autres options sur le bulletin, dont l’une sur la question du maintien ou non du Royaume-Uni dans l’UE. »

Mais avant même de se pencher sur les termes de ce référendum, il faut déjà s’interroger sur les probabilités qu’il ait lieu. Jérémy Corbyn n’a pas précisé encore le jour auquel son parti compter déposer l’amendement sur ce référendum. « Il faudra de toute façon qu’ils obtiennent une majorité de voix à la chambre des communes, ce qui est peu probable aujourd’hui », reprend Philippe Marlière.

Ce second référendum est de toute façon vu comme la dernière option par les travaillistes. Ils ont déposé ce mardi une motion reprenant les exigences du parti pour le Brexit. C’est-à-dire une sortie tout en conservant le Royaume-Uni dans une union douanière avec l’Union européenne, option rejetée par Theresa May.

Pourquoi Theresa May est-elle de plus en plus seule ?

Les travaillistes ne sont pas les seuls à mettre la pression Première ministre britannique sous pression. Theresa May est aussi chahutée au sein même de son camp. En témoigne les démissions en cascade depuis cet été. Trois membres du gouvernement – les secrétaires d’État chargés de l’Industrie, du digital, et de l’énergie, ont menacé de rallonger la liste des démissionnaires si la Première ministre ne change pas sa politique sur la sortie de l’UE du Royaume-Uni.

Il ne s’agit pas cette fois-ci de demander la tenue d’un second référendum, mais de clairement empêcher le « no deal », une sortie de l’UE sans accord, un scénario qualifié par beaucoup de « catastrophique » mais que n’écarte pas pour autant Theresa May. Quinze autres membres du gouvernement de Theresa May seraient aussi prêts à empêcher ce « no deal », selon le tabloïd The Daily Mail.

« Ce “no deal” ferait du Royaume-Uni, du jour au lendemain, un pays-tiers, perdant l’accès au marché intérieur européen mais aussi à une quantité d’accords européens dont une quarantaine de libre-échange, explique Philippe Marlière. Le Royaume-Uni aurait beaucoup à perdre avec ce “no deal” et les conséquences ne seraient pas seulement à regarder au niveau de ses échanges avec l’Union européenne. Dans la perspective du Brexit, le gouvernement de Theresa May a par exemple entamé des négociations avec le Japon pour un futur partenariat commercial avec le pays. Mais il se rend compte que Tokyo n’est pas prêt à lui conserver les mêmes avantages dont profitait le Royaume-Uni englobé dans l’UE. »

Faut-il s’attendre à ce que la date officielle du Brexit soit repoussée ?

Jusqu’à ce lundi encore, la cheffe du gouvernement conservateur rejetait toute idée d’un report de la date de sortie officiel de la Grande-Bretagne de l’UE, fixée donc au 29 mars. Theresa May a conclu le 25 novembre dernier un accord de retrait avec l’Union européenne bouclé après dix-sept mois de négociations entre Bruxelles et Londres. « Cet accord a été massivement rejeté par le Parlement britannique, mi-janvier. Mais à ses yeux, il est bon et elle garde aussi sans doute l’espoir de l’améliorer encore à la marge et ainsi le faire voter par le parlement britannique », indique Philippe Marlière.

Theresa May a fixé au 12 mars le vote des députés sur une hypothétique nouvelle version de son accord avec l’Union européenne. « Ce qui est extrêmement tard, pointe Philippe Marlière. C’est un pari très risqué qui, s’il ne marche pas, exposera un peu plus encore le Royaume-Uni à la perspective du “no deal”. »

D’où les nombreux appels du pied, émanant de son propre camp, pour qu’elle accepte le principe d’un report. Lundi, à Charm-el-Cheikh (Egypte), en marge d’un sommet euro-arabe, Donald Tusk, président du conseil européen, s’est lui-même dit prêt à reporter le Brexit, estimant que « ce serait une solution rationnelle ». Theresa May a fini par plier ce mardi. Elle a annoncé ce mardi aux députés qu’elle leur laisserait le choix de reporter la date du Brexit pour « une période courte et limitée ». Pas au-delà de juin en tout cas. Dans le cas contraire, le Royaume-Uni devrait participer aux élections européennes de fin mai.