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DECRYPTAGEAprès la mort de dix soldats français en Afghanistan: le point sur les questions techniques

Après la mort de dix soldats français en Afghanistan: le point sur les questions techniques

DECRYPTAGEQue faisaient les soldats dans cette région? Etaient-ils bien équipés?
Dix soldats français ont été tués lundi en Afghanistan, dans une embuscade menée par une centaine d'insurgés talibans. 
Dix soldats français ont été tués lundi en Afghanistan, dans une embuscade menée par une centaine d'insurgés talibans.  -  AFPTV
M. Gr.

M. Gr.

Après la mort de 10 soldats français en Afghanistan, de nombreuses questions se posent.20minutes.fr fait le point.


Que faisaient les soldats français dans la vallée d’Uzbin?


Ils étaient en mission de reconnaissance, aux côtés de soldats de l’Armée nationale afghane (Ana) et de forces spéciales américaines. Selon l'état-major de l'Otan, à Kaboul, la mission de ce convoi consistait à sécuriser une route jusque-là considérée comme dangereuse et peu fréquentée entre les districts de Saroubi et de Tag Ab. Les soldats français sont présents dans cette zone, dite «région centrale de Kaboul», depuis leur arrivée en Afghanistan fin 2002. Une région à ne pas confondre avec celle de la Kapissa, où 700 militaires viennent d’être déployés à la suite des engagements de Nicolas Sarkozy lors du sommet de l’Otan de Bucarest.


Les habitudes et les modalités de l'infanterie légère ont été respectées. A l'approche du col, les paras ont débarqué des véhicules de l’avant blindés (VAB) qui leur assuraient un minimum de protection. C'est à pied qu'ils sont allés reconnaître les lieux et qu'ils ont été pris sous le feu de l'ennemi.


Les soldats français étaient-ils prêts?


Plusieurs voix, dont le père de Julien Le Pahun, qui aurait dû avoir 20 ans mercredi, se sont élevées pour dénoncer la jeunesse des troupes. La majorité des soldats tués avaient entre 19 et 21 ans. Ils avaient au minimum quatorze mois de formation avant leur départ en Afghanistan en juillet dernier. Ils étaient encadrés par le sergent-chef Sébastien Devez, onze ans au régiment, le caporal-chef Buil, 31 ans dont dix au 8e RPIMa de Castres, et le caporal-chef Nicolas Grégoire, 26 ans dont sept au RPIMa. Tous trois ont été tués, le chef de section, l’adjudant Evrard, a été visé et blessé à l’épaule dès les premières minutes de combats, ce qui a contribué à désorganiser le groupe.


Les troupes françaises en Afghanistan sont préparées. Le colonel Jacques Aragonès, patron du 8e RPIMa, a expliqué que ses hommes «étaient prêts et plus que prêts. La section la plus jeune ici a au mois un an de service.» Il a également ajouté: «On savait très bien en venant ici que c’était une mission de guerre. J’étais intimement persuadé que tous ne reviendraient pas vivants.» Le 8e RPIMa, dit le «8», a été envoyé récemment en Macédoine, au Kosovo et en Côte d’Ivoire. Le «8» est le régiment le plus sollicité pour les missions déclenchées sur court préavis. 500 hommes et femmes sont arrivés en juin et juillet.


Etaient-ils en situation d’infériorité?


Tactiquement, les talibans ont clairement eu l’initiative. Ils ont attaqué exactement où ils le souhaitaient (des lacets escarpés à l’approche d’un col) depuis une position surélevée. Ils étaient bien informés. «Il faut près de trois heures pour arriver au col, suffisamment de temps pour que les talibans soient prévenus par des complices de notre arrivée», a confié au Monde un survivant français.


Comme l’a reconnu le ministère de la Défense, les talibans étaient parfaitement organisés. Affaiblis par les attaques de la coalition internationale entre octobre 2001 et 2006, les talibans sont revenus dans le jeu et tiennent régulièrement en échec les forces de l’Alliance. Lundi, pour l’embuscade, les insurgés étaient très bien approvisionnés en munitions. «Lorsque nous sommes arrivés à cinquante mètres de la ligne de crête, raconte un soldat, les tirs ont commencé. Ils n'ont pas cessé pendant six heures. Parmi les attaquants, il y avait des tireurs d'élite, ils étaient plus nombreux que nous et nous attendaient. On les entendait recharger leurs armes.»


Bien que la mission soit considérée comme dangereuse, il n’y avait pas de force d’action rapide prévue, ces unités de l’armée française spécialisées dans la contre-guérilla.


Leur équipement était-il adéquat?


La colonne française a été harcelée dans un col. Elle n'avait pas la capacité de voir au-delà de la colline, au-delà de la première ligne de crête. Des moyens aériens, drones ou hélicoptères, auraient pu précéder la colonne et reconnaître les lieux. Mais la France n'a pas de drones en Afghanistan. Elle ne possède que deux hélicoptères Caracal, qui ont été utilisés pour l'évacuation sanitaire un peu plus tard.


L’armée canadienne s’est penchée sur ce même problème récemment. Début août, le prolongement de la mission en Afghanistan jusqu'à 2011 a été adopté au Parlement canadien, à condition que le pays se procure des hélicoptères et des drones. Ottawa s’est tourné vers la sous-traitance, la location et l'achat d'équipements usagés afin de remplir ses obligations, en attendant la livraison d’hélicoptères flambant neufs en 2013.


Un problème de renseignement


Il semble que le principal point noir dans ce drame soit une mauvaise évaluation de l’ennemi et de sa puissance de feu. Une approche de nuit, ou par hélicoptère, aurait pu être préconisée avec de meilleurs renseignements, fondés notamment sur des repérages aériens.

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