Abus sexuels au sein de l'Eglise: Le pape réclame des mesures «concrètes et efficaces»

RELIGION En ouverture d’un sommet inédit, le pape s’est écarté d’un texte préparé à l’avance et a demandé aux 190 participants d’entendre « le cri des petits qui demandent justice »

20 Minutes avec AFP

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Le pape François organise du 21 au 24 février une conférence épiscopale sur les abus sexuels sur mineurs et adultes vulnérables à Rome.
Le pape François organise du 21 au 24 février une conférence épiscopale sur les abus sexuels sur mineurs et adultes vulnérables à Rome. — AFP

Les victimes qui souhaitent un électrochoc et le pape François des mesures « concrètes et efficaces ». Ce jeudi, au début d’un sommet inédit au Vatican pour lutter contre les agressions sexuelles de mineurs perpétrées par des membres du clergé, le souverain pontife a assuré que « le peuple de Dieu regarde et attend non pas de simples et évidentes condamnations, mais des mesures concrètes et efficaces à préconiser ».

« Il faut du concret », a-t-il martelé en ouverture de cette réunion de trois jours et demi et en s’écartant d’un texte préparé à l’avance, avant de demander aux 190 participants d’entendre « le cri des petits qui demandent justice ». « Les premiers responsables » de cette crise « sont parmi nous, a aussi lancé le cardinal colombien Rubén Salazar Gómez. Nous devons reconnaître que l’ennemi est à l’intérieur. »

Demander aux « assassins de la foi » d’éradiquer « tout le cancer »

Un enregistrement avec cinq témoignages poignants de victimes a été diffusé en préambule devant l’assemblée, silencieuse et émue. Un homme chilien, accusé de mensonges lorsqu’il a révélé son cas à la hiérarchie de l’Eglise, demande aux « assassins de la foi » d’éradiquer « tout le cancer ». Une femme raconte l’horreur de relations sexuelles à partir de l’adolescence avec un prêtre dont elle dépendait financièrement dans son village en Afrique et qui l’a obligée à avorter à trois reprises.

Le père Hans Zollner, expert de ces questions, a estimé que ces voix de tous les continents permettaient de souligner clairement que « ce n’est pas juste un problème nord-américain et européen ». Et l’Eglise, dont la crédibilité a été sévèrement entachée en 2018 par de nouveaux scandales de grande ampleur, au Chili, aux Etats-Unis ou encore en Allemagne, sait qu’elle doit désormais agir au risque de sombrer.

Un « vade-mecum » spécifiant les démarches à entreprendre en cas d’agression sexuelle

Pour des débats concrets, un document en 21 points de réflexion définis par des commissions et des conférences épiscopales a été présenté par le pape aux évêques et religieux. Le premier point évoque un « vade-mecum » spécifiant les démarches à entreprendre si un cas d’agression sexuelle émerge, un document déjà en cours de rédaction à l’intention des régions ne disposant pas d’experts en droit canon.

Dans cette liste figurent des structures d’écoute pour les victimes et des organismes autonomes de la paroisse locale pour déposer des plaintes, des règles sur les transferts de prêtres entre diocèses, des évaluations psychologiques des candidats à la prêtrise ou encore l’établissement de protocoles pour gérer les accusations portées contre des évêques.

Le pape François sait que certains épiscopats sont encore dans un profond déni

Il s’agit d’une « feuille de route pour le développement futur de mesures au sein de l’Eglise », après le sommet, a expliqué l’archevêque maltais Charles Scicluna, expert juridique du Vatican sur le problème de la pédophilie. Il a d’ailleurs donné jeudi un mini-cours de droit aux évêques sur les procédures existantes, rappelant qu’il était important que « chaque allégation fasse l’objet d’une enquête ».

La courte réunion, qui se terminera dimanche par un discours, très attendu, du pape, ne doit pas déboucher sur un document final. La réunion vise à réveiller les consciences dans les rangs de l’Eglise avec une méthode collégiale éducative. Les 114 présidents des épiscopats en provenance de tous les continents devraient rentrer chez eux avec des idées claires à transmettre à leur tour, juge le pape François, qui sait que certains épiscopats sont encore dans un profond déni.