Les dix soldats français ont été tués «dans une embuscade de grande ampleur»

AFGHANISTAN Dix morts et 21 blessés. Les parachutistes engagés en Afghanistan ont payé un «lourd tribut» pour «un combat nécessaire et une cause juste», a expliqué ce mardi après-midi Hervé Morin, le ministre de la Défense. Le chef d'état-major a donné de plus amples détails sur les circonstances du drame. Récit...

Mathieu Grégoire

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Dix soldats français ont été tués lundi et mardi dans des combats à 50 kilomètres de Kaboul, dans l'assaut au sol le plus meurtrier visant les forces internationales en Afghanistan, alors que les insurgés multiplient les attaques d'envergure à travers l'Afghanistan.
Dix soldats français ont été tués lundi et mardi dans des combats à 50 kilomètres de Kaboul, dans l'assaut au sol le plus meurtrier visant les forces internationales en Afghanistan, alors que les insurgés multiplient les attaques d'envergure à travers l'Afghanistan. — Shah Marai AFP/Archives

«C’était une embuscade bien montée, sur la base de renseignements fiables et sur un terrain extrêmement favorable à l’ennemi.» Le chef d’état-major des armées, le général Jean-Louis Georgelin, a détaillé lors d’un point presse l’attaque d’une «centaine d’insurgés talibans» contre une mission de reconnaissance menée conjointement par deux sections de soldats français, un détachement de l’armée afghane et des forces spéciales américaines ce lundi.

Les soldats de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf), qui dépend de l'Otan, se trouvaient dans la vallée d'Uzbeen, au Nord du district de Saroubi, à 50 kilomètres à l’est de Kaboul. Ils étaient en reconnaissance dans cette zone montagneuse, théâtre d’accrochages réguliers depuis plusieurs années. Les routes descendent des montagnes vers cette vallée située sur l’axe Kaboul-Peshawar.

L’armée française a perdu neuf soldats pendant de violents combats, huit appartenant au 8e Régiment de parachutistes d'infanterie de marine, le RPIMA, basé à Castres (Tarn) et un autre au 2e Régiment étranger de parachutistes et au Régiment de marche du Tchad de Noyon (Oise). Un dixième militaire, du 2e Rep de Calvi, est mort ce mardi matin, à 5h30, heure locale, en quittant la zone, dans l’accident de son véhicule.

Atmosphère suffocante

Lundi, les sections se sont engagées sur une piste rocailleuse, en lacets escarpés, à 2.000 m d’altitude. «La chaleur était suffocante, l’atmosphère poussiéreuse, a expliqué le général Georgelin. Vers 13h30 heure locale, les soldats sont arrivés à l’approche d’un col. Une partie du groupe a débarqué des véhicules blindés pour aller reconnaître à pied ce site.»

Ils se sont alors retrouvés sous un feu nourri. «Les talibans ont montré une grande capacité à s’organiser, à manœuvrer, a précisé Georgelin. Ils ont attaqué l’élément de tête, qui a subi de lourdes pertes, mais aussi la base restée à distance. Il n’avait pas de problèmes d’approvisionnement, ils ont tenu plusieurs heures.»

Les neufs soldats tués et une grande majorité des blessés ont été touchés pendant les toutes premières minutes de combat. Dont le chef de section, blessé à l'épaule, ce qui a contribuement à la désorganisation du groupe. Les troupes de l’Otan ont été dispersées sur plusieurs centaines de mètres, et les combats ont été acharnés jusqu’à la nuit tombée. «Il a fallu récupérer les blessés et les corps des soldats décédés, cela a été très long. Le regroupement a été effectué vers 2h30 du matin, heure locale.» Selon les chiffres de l’état-major, une trentaine d’insurgés auraient été tués dans l’affrontement. Un chef des talibans aurait été capturé. Il n'y a pas eu «d'erreurs» des militaires français, selon l'état-major.

L'attaque la plus meurtrière

«Il n’y aura pas de représailles, mais nous continuerons nos missions dans cette zone», a conclu le général Georgelin. «La sécurité du pays passe par le déploiement dans ces régions les plus difficiles, a confié Hervé Morin, le ministre de la Défense. Nous n’avons pas le droit d’échouer en Afghanistan.» Les soldats français étaient sur place depuis le mois de juillet, pour une mission d’une durée classique de quatre mois. Un numéro vert (0800-74-75-75) a été ouvert pour les familles et les proches des victimes.

Il s'agit de l’attaque la plus meurtrière dans les rangs de troupes étrangères depuis le début de l'intervention de la coalition internationale en Afghanistan, fin 2001.

Mardi, une trentaine d'activistes, dont plusieurs kamikazes ont attaqué la principale base américaine dans le sud-est afghan. Lors des trois derniers mois, les pertes subies en Afghanistan par des armées étrangères ont été plus lourdes que sur le front irakien.

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