Non, cette statue ne représente pas «le pillage de l’Afrique noire» par la France

FAKE OFF Sur Facebook, une sculpture de l’artiste danois Jens Galschiot est présentée à tort comme le symbole du « pillage de l’Afrique noire » par la France

Alexis Orsini

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La symbolique de la sculpture n'est pas celle qu'on lui prête sur les réseaux sociaux.
La symbolique de la sculpture n'est pas celle qu'on lui prête sur les réseaux sociaux. — capture d'écran/Facebook
  • Sur Facebook, une photo très partagée montre la sculpture d'une femme blanche et ronde portée par un homme noir squelettique.
  • Selon la légende associée, l'oeuvre symboliserait le pillage de l'Afrique noire par la France.
  • Il s'agit en réalité de la création d'un artiste danois qui dénonce le partage inégalitaire des ressources mondiales entre pays riches et pays pauvres.

Haute de 3,5 mètres, l’imposante sculpture interroge : pourquoi une femme blanche, ronde et totalement nue est-elle portée par un homme noir squelettique, qui peine visiblement à supporter son poids ?

La page Facebook qui relaye cette photo en propose une explication : « Cette œuvre sculptée du Danois Jens Galschiot exposée à Copenhague représente la France pays des droits de l’Homme blanc dont l’embonpoint et le bien-être reposent essentiellement sur le pillage de l’Afrique noire dont les populations peinent à manger malgré l’abondance d’énormes ressources naturelles. »

Si le texte semble avoir convaincu de nombreux internautes, à en juger par ses près de 7.000 partages, il reprend mot pour mot un post publié à l’origine sur la page Facebook de Dieudonné… mais qui déforment le véritable sens de l’œuvre.

FAKE OFF

Nommée « Survival of the fattest » (« La survie du plus gros »), l’œuvre a bien été réalisée par l’artiste danois Jens Galschiot (avec l’aide du sculpteur Lars Calmar) en 2002. La photo utilisée dans le post n’a en revanche pas été prise à Copenhague mais à Ringkøbing, une ville de l’ouest du Danemark.

« La sculpture symbolise le partage inégalitaire des ressources mondiales, nous vivons dans le confort, en opprimant les pauvres grâce à un système d’échange mondial injuste et partial », explique l’artiste à 20 Minutes.

« La sculpture comporte une plaque avec le texte suivant : "Ainsi s’exprime Justitia [déesse romaine de la Justice] : "Je suis assise sur le dos d’un homme – il cède sous ce poids – je ferai tout pour l’aider – sauf me retirer de son dos" », poursuit Jens Galschiot, soulignant au passage la portée de cette symbolique : « La femme tient deux balances comme un symbole de justice mais en fermant les yeux, ce qui fait que sa justice dégénère en suffisance. Nous, qui sommes symbolisés par la femme, refusons de voir cette injustice flagrante ».

Le titre de l’œuvre fait quant à lui référence à un principe connu : « C’est une reformulation du concept de "survie du plus apte" [« survival of the fittest »] de Charles Darwin », complète l’artiste.

Une œuvre également exposée pendant la COP15

Si la France peut donc logiquement être incluse parmi les pays symbolisés par la femme et certains pays d’Afrique représentés par l’homme qui porte son poids, la sculpture est loin d’évoquer spécifiquement « le pillage de l’Afrique noire » par l’Hexagone.

Mais Jens Galschiot apprécie les différentes idées qui peuvent naître de cette œuvre et assure que, s’il devait recréer la sculpture 17 ans après son invention, il concevrait exactement la même : « Ce n’est pas un problème qu’elle soit réinterprétée. L’art est censé faire réfléchir les gens, et c’est exactement ce qu’accomplit cette sculpture. »

Elle a ainsi donné lieu à des réactions très variées dans différentes parties du monde :
« Au Brésil, la sculpture a été partagée 500.000 fois sur Facebook et vue par des millions de personnes parce qu’elle ressemble accidentellement à l’ancienne présidente Dilma Rousseff. Dans le nord de l’Inde, les castes l’ont adoptée comme symbole de la classe dirigeante. Et dans le sud du pays, elle est vue comme un symbole de l’influence de la culture américaine sur l’Inde. »

« Je l’ai moi-même utilisée dans d’autres contextes, notamment les questions écologiques, en la plaçant dans l’eau près du symbole national du Danemark, la [statue de la] petite sirène, lors de la COP15 à Copenhague », conclut l’artiste.

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