Génocide au Rwanda: Révélations sur des «commanditaires» hutus de l'attentat déclencheur

CONFLIT Cet attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, un Hutu, est considéré comme le déclencheur du génocide qui fit 800.000 morts

20 Minutes avec AFP

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Crânes conservés pour commémorer le génocide de Nyamata, à l'intérieur de l'église catholique où des milliers de personnes ont été massacrées en 1994 au Rwanda
Crânes conservés pour commémorer le génocide de Nyamata, à l'intérieur de l'église catholique où des milliers de personnes ont été massacrées en 1994 au Rwanda — Simon Maina AFP

Le site d’information Mediapart et Radio France ont publié ce mercredi des extraits d’une note « jamais dévoilée » des services secrets français qui, selon ces médias, a désigné dès septembre 1994 deux extrémistes hutus rwandais comme les « principaux commanditaires » de l’attentat déclencheur du génocide au Rwanda en 1994. « Ce document du renseignement français désigne deux extrémistes du régime, les colonels Théoneste Bagosora, ancien directeur du cabinet du ministre de la Défense, et Laurent Serubuga, ancien chef d’état-major des Forces armées rwandaises (FAR), comme "les principaux commanditaires de l’attentat du 6 avril 1994" », affirment Médiapart et Radio France.

Cet attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, un Hutu, est considéré comme le déclencheur du génocide qui fit 800.000 morts selon l’ONU, principalement parmi la minorité tutsi.

« Deux thèses s’affrontent sur la responsabilité de l’attentat »

Le colonel Bagosora fut un des principaux instigateurs du génocide. Il a été condamné à une longue peine de prison par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qu’il purge au Mali.

Laurent Serubuga, soupçonné d’implication dans le génocide par Kigali, « s’est installé en France dans les années 90 », selon Mediapart et Radio France. La justice française a rejeté en 2014 la demande d’extradition de ce Rwandais vers Kigali.

« Depuis maintenant 25 ans, deux thèses s’affrontent dans le débat public et les tribunaux sur la responsabilité de l’attentat (…) L’une évoque la responsabilité du FPR (Front patriotique rwandais, ex-rébellion tutsi menée à l’époque par Paul Kagame, l’actuel président rwandais), tandis que l’autre avance celle des extrémistes hutus », relèvent Mediapart et Radio France. « La France (…) a toujours privilégié la première », ajoutent ces médias.

Or, dans cette note de la DGSE datant de septembre 1994 et citée par Médiapart et Radio France, « les agents français reviennent sur le parcours du colonel Bagosora (…) et de Laurent Serubuga ».

Une opération préparée ?

Théoneste Bagosora et Laurent Serubuga « se sont longtemps considérés comme les héritiers légitimes du régime (…) Leur mise à la retraite, prononcée en 1992 par le président Habyarimana, alors qu’ils espéraient obtenir le grade de général (…) a été à l’origine d’un lourd ressentiment et d’un rapprochement remarqué auprès de Mme Agathe Habyarimana, veuve du président et considérée souvent comme l’un des principaux cerveaux de la tendance radicale du régime », selon cette note citée par les médias.

« Cette opération (l’attentat contre l’avion de M. Habyarimana) aurait été préméditée de longue date par les extrémistes hutus (…) L’assassinat de ministres de l’opposition modérée et de Tutsis, moins d’une demi-heure après l’explosion du Falcon présidentiel, confirmerait le haut degré de préparation de cette opération », ajoute la note citée.