Ossétie-Géorgie-Russie: pourquoi la guerre a-t-elle fini par éclater?

DECRYPTAGE Pour comprendre comment les deux pays et la région séparatiste en sont venus aux armes lourdes vendredi...

Emmanuel Guillemain d’Echon, à Moscou

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La Russie a promis des mesures de rétorsion contre la Géorgie vendredi alors que les combats faisaient rage dans la république séparatiste d'Ossétie du Sud, Tbilissi accusant de son côté la Russie de bombarder ses positions.
La Russie a promis des mesures de rétorsion contre la Géorgie vendredi alors que les combats faisaient rage dans la république séparatiste d'Ossétie du Sud, Tbilissi accusant de son côté la Russie de bombarder ses positions. — Vano Shlamov AFP

DECRYPTAGE - Pour comprendre comment les deux pays et la région séparatiste en sont venus aux armes lourdes vendredi...

Pourquoi la guerre a-t-elle fini par éclater ?


Ces derniers mois, les séparatistes d’Ossétie du Sud et leurs alliés russes ont considérablement fait monter la tension dans la région. En avril, l’Otan a promis à la Géorgie – sans donner toutefois d’échéance – qu’elle serait un jour intégrée dans l’Alliance, le leitmotiv de la diplomatie de Mikhaïl Saakachvili depuis son arrivée au pouvoir en 2004.

Moscou a répliqué en appelant à établir des liens officiels avec les républiques séparatistes de Géorgie, que la Russie soutient depuis des années, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud.

Depuis, aiguillonnés par le «précédent du Kosovo», devenu indépendant en février dernier, les séparatistes ont multiplié escarmouches et incidents tandis que ces derniers jours, Moscou et les séparatistes ossètes ont fait monter la pression, évacuant des civils de la zone.

Mais c’est finalement Tbilissi qui a perdu patience et a attaqué en premier. Le président Saakachvili avait pourtant, quelques heures plus tôt, décrété un cessez-le-feu unilatéral.

L’assaut géorgien semble avoir été préparé en détail. Il faut dire que depuis son arrivée au pouvoir, le président Saakachvili a fait de la réintégration des territoires «perdus» une priorité, et les combats avaient déjà brièvement repris en 2004.

Quelle est la réponse de Moscou?

La Russie est déjà passée à la contre-attaque. Les unités blindées de la 58e armée, stationnée en Ossétie du Nord (une république autonome côté russe du Caucase), sont entrées dans Tskhinvali, la capitale sud-ossète, alors qu’elle était sur le point d’être prise par les troupes géorgiennes.

Selon les autorités géorgiennes, l’aviation russe a bombardé plusieurs villes géorgiennes ainsi que des bases militaires aux environs de Tbilissi.

Au début de la journée, il y avait eu un certain flottement à Moscou – le président Dmitri Medvedev n’avait pas réagi avant que son Premier ministre Vladimir Poutine, depuis Pékin où il était venu assister à l’ouverture des Jeux, n’annonce que l’agression géorgienne appellerait une réaction russe.

Moscou défendra donc ses citoyens – les Ossètes du Sud se sont presque tous vus attribuer la nationalité russe — comme les responsables russes le martèlent depuis quatre ans.

Le conflit risque-t-il de s’étendre?

Il sera dur de conclure un nouveau cessez-le-feu tant la confiance entre les parties, déjà presque inexistante, a été pulvérisée par le vrai-faux cessez-le-feu de Saakachvili. Maintenant que la Russie semble décidée à contrer, il est peu probable que la Géorgie puisse lui résister longtemps : le potentiel militaire de Tbilissi reste limité.

Les Russes peuvent se contenter de repousser les Géorgiens hors de l’Ossétie du Sud. Mais au Kremlin, on rumine depuis longtemps la volonté de «punir» cet ancien allié, qui a «trahi» Moscou en lui préférant les Etats-Unis.

Quant à Washington et l’OTAN, ils se sont contentés pour l’instant de déclarations apaisantes et il est peu probable qu’ils interviennent militairement.

Le principal danger, imprévisible pour l’instant, est le risque d’embrasement de toute la région : des formations de «volontaires», cosaques du Sud de la Russie et surtout combattants des républiques du Caucase du Nord – Ossétie du Nord, Daghestan, Tchétchénie – se rendent déjà dans la région.

L’armée russe affirme ne pas les contrôler, bien qu’elle dispose du seul point d’entrée en Ossétie du Sud depuis la Russie, le tunnel de Roki. Une affirmation tout à fait possible à long terme : pour mémoire, le chef de guerre tchétchène Chamil Bassaïev, avant de se tourner contre la Russie, avait combattu contre Tbilissi en Abkhazie, pendant la guerre de 1992-1993.

Autre point chaud sur le point de se réveiller : le Haut-Karabakh, enclave arménienne au sein de l’Azerbaïdjan, contrôlée par Erevan depuis le début des années 90. L’Azerbaïdjan pourrait profiter du chaos ambiant pour tenter de rétablir son intégrité territoriale – des officiels à Bakou ont déjà fait vendredi des déclarations dans ce sens.