Brexit: Theresa May veut renégocier l'accord, l'UE dit non

SORTIE A seulement deux mois du Brexit, la Première ministre a obtenu mardi des députés britanniques un mandat pour rouvrir les négociations avec Bruxelles...

20 Minutes avec AFP

— 

Theresa May, le 21 janvier 2019 à Londres.
Theresa May, le 21 janvier 2019 à Londres. — Mark Thomas/REX/Shutterstock/SIPA

L'incertitude se poursuit. Après le rejet par les députés britanniques du «traité de retrait», le 15 janvier dernier, Theresa May veut réouvrir les négociations avec l'Union européenne, ouvrant la porte à une confrontation avec les 27 à seulement deux mois du Brexit. Mais Bruxelles ne l'entend pas de cette oreille. Ce traité conclu en novembre "n'est pas renégociable", a d'ailleurs immédiatement répliqué à un porte-parole du président du Conseil européen Donald Tusk.

Peu auparavant, en déplacement à Chypre, le président français Emmanuel Macron avait également adressé une fin de non-recevoir, affirmant que l’accord de divorce conclu en novembre était le « meilleur accord possible et n’est pas renégociable ». Il a appelé le gouvernement britannique à « rapidement présenter » au négociateur en chef de l'UE Michel Barnier « les prochaines étapes qui permettront d’éviter une sortie sans accord que personne ne souhaite mais à laquelle nous devons tous malgré tout nous préparer ».

« Une modification importante et juridiquement contraignante de l’accord de retrait »

Le « traité de retrait » de l’UE âprement négocié par Theresa May avec l’UE avait été massivement rejeté le 15 janvier par les députés britanniques. Après cet échec, la dirigeante conservatrice n'a pas proposé de plan alternatif, contrairement à ce que réclamaient les parlementaires. Les députés ont donc rédigé des amendements susceptibles de leur donner la main sur le dossier. Theresa May les a appelé à « envoyer le message le plus clair possible » aux dirigeants européens sur ce qu’ils veulent et a affirmé qu’elle était prête à se lancer dans de nouvelles négociations avec Bruxelles.

« Je ne parle pas d’un nouvel échange de lettres mais d’une modification importante et juridiquement contraignante de l’accord de retrait », a-t-elle déclaré. « Négocier un tel changement ne sera pas facile. Cela impliquera la réouverture de l’accord de retrait, une démarche pour laquelle je sais que l’appétit de nos partenaires européens est limité », a-t-elle ajouté. « Mais je crois qu’avec un mandat de cette assemblée, je peux obtenir un tel changement ».

Theresa May « déterminée à quitter (l’UE) le 29 mars »

Theresa May s’est entretenue mardi avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. A cette occasion, Theresa May a déclaré à ses ministres que « des changements juridiques au "backstop" seront nécessaires pour obtenir le soutien de la Chambre des communes », a rapporté son porte-parole, en référence à la disposition controversée prévue dans l’accord de divorce censée éviter le retour d'une frontière physique entre la province britannique d'Irlande du Nord et la République d'Irlande​.

« Cela signifie rouvrir l’accord de retrait », a-t-il conclu, tout en assurant que la cheffe du gouvernement conservateur restait « déterminée à quitter (l’UE) le 29 mars », date prévue du Brexit. La Première ministre soutient un amendement parlementaire remplaçant la disposition du « backstop » ou « filet de sécurité » par des « arrangements alternatifs ». L’amendement, déposé par le conservateur Graham Brady, « me donnera le mandat dont j’ai besoin pour négocier avec Bruxelles un arrangement qui puisse obtenir (le soutien de) la majorité de cette Chambre », a plaidé Theresa May.

Un report de la date éviter une sortie sans accord

Parmi les autres amendements figure celui de la travailliste Yvette Cooper, qui cherche à repousser la date du Brexit pour éviter une sortie sans accord de l'UE. S’il était adopté, les députés débattraient le 5 février d’une loi pour contraindre le gouvernement à repousser la date du Brexit si aucun accord n'était conclu au 26 février. L’amendement a reçu le soutien du chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, selon qui il permettra de « donner du temps pour renégocier » et éviter une sortie sans accord qui «ferait beaucoup de mal» à l'économie britannique.

« Etendre l’article 50 n’empêcherait pas une sortie sans accord », a balayé Theresa May. Elle s’est engagée à faire voter un accord remanié « dès que possible ». Si aucun accord n'est conclu avec l'UE d'ici le 13 février, elle a annoncé son intention d’organiser un vote le 14 février sur un départ sans accord.