Venezuela: L'Europe lance un ultimatum à Maduro, Russie et Chine bloquent un projet de déclaration américain à l'ONU

TENSIONS Madrid, Paris et Berlin ont annoncé qu’ils reconnaîtraient ​Juan Guaido comme « président » du Venezuela si des élections n’étaient pas convoquées sous « huit jours »…

B.D. avec AFP

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Le président vénézuélien Nicolas Maduro s'est exprimé lors d'une session spéciale devant la Cour suprême, le 24 janvier 2019.
Le président vénézuélien Nicolas Maduro s'est exprimé lors d'une session spéciale devant la Cour suprême, le 24 janvier 2019. — Cristian Hernandez/EFE/SIPA
  • Une intense activité diplomatique se déploie autour de la crise au Venezuela, géant pétrolier d’Amérique latine.
  • Madrid, Paris et Berlin ont annoncé qu’ils reconnaîtraient ​Juan Guaido comme « président » du Venezuela si des élections n’étaient pas convoquées sous « huit jours » dans le pays.
  • A l’ONU, un projet américain de déclaration du Conseil de sécurité visant à apporter « un plein soutien » à l’opposition vénézuélienne a été bloqué par la Russie et la Chine.
  • Une réunion du Conseil de sécurité doit avoir lieu ce samedi après-midi, alors que les mouvements de protestation contre le régime ont fait 26 morts en quatre jours, et que plus de 350 personnes ont été arrêtées cette semaine lors de ces manifestations.

Madrid, Paris et Berlin ont lancé ce samedi de manière coordonnée un ultimatum à Nicolas Maduro, et annoncé qu’ils reconnaîtraient l'opposant Juan Guaido comme « président » du Venezuela si des élections n’étaient pas convoquées sous « huit jours », alors qu’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la crise doit avoir lieu ce samedi après-midi.

Le chef du gouvernement socialiste espagnol Pedro Sanchez a affirmé que si des élections « justes, libres et transparentes » n’étaient pas convoquées dans un « délai de huit jours », l’Espagne reconnaîtrait « Juan Guaido comme président du Venezuela » afin que ce dernier « convoque ces élections ». Paris et Berlin ont lancé quelques minutes plus tard un message similaire.

Ces annonces coordonnées, immédiatement saluées sur Twitter par Juan Guaido, interviennent alors que les Etats membres de l’UE ne sont pas parvenus vendredi, en raison de leurs divisions, à s’entendre sur une « déclaration commune » dans ce sens, selon des sources diplomatiques. Madrid et d’autres Etats ont jugé le texte proposé trop faible tandis qu’Athènes soutient le régime de Nicolas Maduro.

Cet ultimatum en provenance de trois poids lourds européens est intervenu alors que doit se tenir une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies à New York à partir de 15h, heure de Paris. De nombreux pays de la région ont demandé à prendre la parole lors de cette réunion, selon une source diplomatique.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo y participera et appellera l’ensemble de la communauté internationale à reconnaître Juan Guaido, a annoncé le département d’État. Le ministre des Affaires étrangères de Nicolas Maduro, Jorge Arreaza, est lui aussi attendu à New York pour faire connaître « la vérité sur le Venezuela », selon le président vénézuélien.

Le projet de déclaration enterré

Ce samedi matin, un projet américain de déclaration du Conseil de sécurité visant à apporter « un plein soutien » à l’Assemblée nationale vénézuélienne dirigée par l’opposant Juan Guaido, a été bloqué par la Russie et la Chine, selon des diplomates. Le texte, auquel a eu accès l’AFP, soulignait aussi l’engagement de cette Assemblée à restaurer la démocratie et l’Etat de droit au Venezuela, notait l’absence de légitimité du dernier processus électoral dans le pays et condamnait le recours à la violence des forces de sécurité contre les manifestants.

Toutes ces mentions ont été rayées du texte par la Russie, qui, avec le soutien de la Chine, a rompu une procédure de silence entre les 15 membres du Conseil visant à faire adopter le document. Les États-Unis sont le seul des cinq membres permanents du Conseil de sécurité à avoir formellement reconnu Juan Guaido comme «président». La Russie a clairement apporté son soutien à Nicolas Maduro, alors que la Chine a dénoncé des « ingérences extérieures ».

Selon une source diplomatique, le projet est désormais enterré, le texte proposé par la Russie se bornant à demander un dialogue politique au Venezuela, ce qui est inacceptable pour les Etats-Unis.

26 morts

Alors qu’une intense activité diplomatique se déploie autour de cette crise dans le géant pétrolier d’Amérique latine, le bras de fer continue à Caracas entre Juan Guaido, président du Parlement qui s’est proclamé « président » par intérim, et Nicolas Maduro, investi le 10 janvier pour un second mandat considéré comme illégitime par les Etats-Unis, l’Union européenne et la plupart des pays d’Amérique latine.

Nicolas Maduro a fait une ouverture en proposant à son rival de le rencontrer, mais son offre a été rejetée vendredi par Juan Guaido, qui a poursuivi son offensive en appelant à une « grande mobilisation » dans la rue la semaine prochaine devant plusieurs centaines de partisans sur une place de Chacao, dans l’est de Caracas. Nicolas Maduro, qui peut compter sur le soutien de l'armée, a lui appelé à « la rébellion populaire contre le coup d’Etat » dont il accuse Washington d’être l’instigateur.

Les mouvements de protestation contre le régime ont fait 26 morts en quatre jours, selon l’ONG Observatorio Venezolano de Conflictividad Social. Plus de 350 personnes ont été arrêtées cette semaine lors de ces manifestations, « dont 320 pour la seule journée du 23 janvier », a déclaré la Haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet.

Juan Guaido a laissé entrevoir jeudi une porte de sortie à Nicolas Maduro en évoquant une éventuelle amnistie. Le vice-président brésilien Hamilton Mourao, dont le pays figure parmi ceux qui ont reconnu Juan Guaido comme président par intérim, a lui proposé la création d’un « corridor d’évacuation » afin d’exfiltrer Nicolas Maduro.