Quel avenir pour le commerce international après l'échec des négociations à l'OMC?

COMMERCE Impact limité ou coup d'arrêt, les avis divergent...

Sylvain Mouillard

— 

Pays du Nord et du Sud semblaient partis dimanche pour une dure confrontation à l'OMC autour de la libéralisation du commerce mondial, lors d'une négociation qui s'est ouverte par une polémique autour de l'ancien chef de la propagande nazie Joseph Goebbels. Le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, a convoqué à partir de lundi les ministres d'une trentaine de pays
Pays du Nord et du Sud semblaient partis dimanche pour une dure confrontation à l'OMC autour de la libéralisation du commerce mondial, lors d'une négociation qui s'est ouverte par une polémique autour de l'ancien chef de la propagande nazie Joseph Goebbels. Le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, a convoqué à partir de lundi les ministres d'une trentaine de pays — Eric Piermont AFP/archives
Au lendemain de l'échec des négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), son directeur général, le Français Pascal Lamy, appelle à ne pas «revenir en arrière» et à «conserver les acquis» de neuf jours de négociations.

Mais au-delà de ces propos, quel bilan peut-on tirer de la réunion de Genève? Est-ce véritablement un coup d'arrêt pour l'OMC dont les conséquences «seront ressenties de manière disproportionnée par ceux qui sont les plus vulnérables dans l'économie mondiale», comme l'a expliqué Peter Mandelson, le négociateur européen? Un accord pourra-t-il finalement être conclu?

Yvan Dereux, économiste au Cepii, préfère relativiser les conséquences de l'impasse constatée à Genève. Pour lui, les discussions ont été globalement positives et «plusieurs dossiers ont même avancé». Rien à voir donc avec les fiascos de Cancun en 2003 et de Hong Kong en 2005, où «on avait vraiment l'impression que certains pays ne pouvaient pas s'entendre».

Des avancées

D'après l'économiste, Pascal Lamy «a préféré ajourner à temps la réunion pour éviter que les tensions ne soient exacerbées». A l'instar du directeur de l'OMC, il estime que «ce qui a été fait n'est pas perdu», puisque beaucoup de pays comme le Brésil ont dit que l'accord leur convenait.

Lionel Fontagné, professeur à l'école d'économie de Paris et à Paris I, tempère cet optimisme. S'il admet que certains dossiers ont effectivement avancé, il explique que cet échec «décrédibilise l'OMC». Il craint également que certains dossiers comme le coton américain, les appellations géographiques ou la clause de sauvegarde posent à nouveau problème à l'avenir.

La question des prix agricoles

Plus inquiétant, les conséquences de l'absence d'accord. Pour lui, le principal perdant est l'Union Européenne (UE), qui «a beaucoup à perdre d'une OMC faible». Un accord lui aurait en effet permis d'obtenir un meilleur accès aux marchés industriels et de services des pays émergents. Lionel Fontagné estime même que l'UE «devait récupérer 40% des gains de croissance attendus de l'accord».

Yvan Dereux, quant à lui, tempère la portée de cet échec: «Les enjeux ne sont pas colossaux, il s'agissait avant tout de réorganiser un petit peu le commerce international». Mais les deux hommes s'accordent cependant sur un point. L'échec de l'OMC pourrait en effet avoir des conséquences pour les pays en développement producteurs de denrées agricoles. Actuellement, les prix agricoles sont au plus haut et ceux-ci s'en tirent plutôt bien.

Mais pour Lionel Fontagné, cette «bulle» pourrait dégonfler. Si les prix baissent, les pays en développement pourraient alors être fortement handicapés face aux marchés agricoles subventionnés du nord. Un accord leur aurait au contraire permis d'avoir un meilleur accès à ces marchés.

Quel avenir pour le cycle de Doha?

Reste enfin la question du calendrier. Yvan Dereux parle de «l'échec d'une réunion» mais pas de l'échec du cycle de Doha. Celui-ci, lancé en 2001, avait pour but de libéraliser le commerce mondial, notamment les marchés agricoles. Il était censé se conclure en 2004.

Mais après ce nouvel échec, «il y a une forme de pessimisme ambiant», explique Lionel Fontagné. En raison des élections américaines, aucun accord ne pourra vraisemblablement être conclu avant la fin 2008. Pascal Lamy ne s'est pas encore prononcé sur la date d'une éventuelle prochaine réunion.