Négociations à l'OMC: le point sur les nombreux désaccords

COMMERCE Les discussions sont «très tendues», notamment avec la Chine et l'Inde...

Sylvain Mouillard avec agence

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La filière coton au Burkina Faso, premier producteur africain, est au bord de l'asphyxie en raison de la chute des prix mondiaux et désormais les sociétés cotonnières nationales ne peuvent même plus payer les producteurs de ce pays pauvre d'Afrique de l'ouest.
La filière coton au Burkina Faso, premier producteur africain, est au bord de l'asphyxie en raison de la chute des prix mondiaux et désormais les sociétés cotonnières nationales ne peuvent même plus payer les producteurs de ce pays pauvre d'Afrique de l'ouest. — Issouf Sanogo AFP/Archives
Les négociateurs à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) se sont couchés tard lundi, mais ils n'ont pas réussi à s'entendre. Le porte-parole de l'OMC Keith Rockwell a qualifié les négociations de «très tendues». Pour le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, elles sont «sur le fil du rasoir». Les discussions ont repris ce mardi vers 10h. 20minutes.fr fait le point sur les principaux points d'achoppement.

La clause de sauvegarde

L'Inde est restée lundi campée sur ses positions. Pas question pour elle de signer l'accord tant que la question de la clause de sauvegarde n'aura pas été revue. Delhi veut notamment pouvoir déclencher cette protection tarifaire à partir d'un seuil relativement bas de hausse des importations ou de baisse des prix sur le marché intérieur. Lundi, cent pays avaient signé une déclaration commune exprimant leurs réserves sur le dispositif actuellement prévu. D'autres pays, comme les Etats-Unis, mais aussi l'Uruguay ou le Paraguay, craignent que cela ne la transforme en un outil protectionniste.

Tensions Chine/Etats-Unis

Les Chinois ont réclamé une forte réduction, voire l'élimination, des subventions américaines sur le coton qui «ont provoqué des torts importants pour les producteurs de coton dans les pays en développement, en Afrique et pour quelque 150 millions d'entre eux en Chine», selon l'ambassadeur chinois auprès de l'OMC Sun Zhenyu. La négociatrice américaine Susan Schwab a pour sa part déploré le fait que la Chine était revenue sur des engagements pris vendredi.

La Chine demande également que certains de ses secteurs clés (chimie et équipement) soient exclus de la libéralisation prévue dans le secteur industriel des pays en développement.

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Les dissensions européennes

Neuf pays de l'Union européenne (UE) parmi les plus opposés aux propositions du directeur général de l'OMC, le français Pascal Lamy, se sont réunis lundi soir à Genève pour établir une position commune. Baptisés le «club des volontaires», ce groupe rassemble l'Italie, la France, l'Irlande, la Pologne, la Hongrie, la Grèce, le Portugal, la Lituanie et Chypre. Il cherche à faire pression sur le négociateur européen Peter Mandelson pour
obtenir que les appelations d'origine soient mieux protégées par l'OMC.

En principe, c'est pourtant à la Commission européenne de négocier au nom des 27 pays membres. Mais la France, qui exerce actuellement la présidence semestrielle de l'UE, ne cesse de réaffirmer qu'elle ne signera pas le traité en l'état. La ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, en a remis une couche mardi, estimant que «le compte n'y est pas» et craignant que le projet ne soit trop déséquilibré en défaveur des Européens.

La banane toujours en suspens

Les pays du groupe Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP) menacent toujours de bloquer les pourparlers s'ils n'obtiennent pas une renégociation de l'accord conclu entre l'UE et les pays d'Amérique latine sur la banane.

Quelle suite?

L'accord actuel prévoit que les pays occidentaux diminuent leurs subventions aux produits agricoles en échange d'un meilleur accès aux marchés industriels des pays en développement. Quelles sont donc les perspectives de voir ce «deal» conclu par Pascal Lamy, adopté? Un accord à l'OMC doit être signé à l'unanimité par les 153 pays membres. Ils ont jusqu'au 1er août, ce vendredi, pour s'entendre.

Mais à l'heure actuelle, malgré les déclarations d'optimisme de Pascal Lamy, il semble bien que certaines positions restent très éloignées. Les grands pays en particulier se renvoient la balle. Les Etats-Unis accusent la Chine et l'Inde de vouloir bloquer un accord. Mais les deux rétorquent que ce sont bien «les grands pays développés privilégiant leurs intérêts commerciaux» qui bloquent le cycle.  Enfin, les pays membres de l'UE gardent leur droit de veto sur l'accord final négocié par le commissaire européen.