Attentats à Istanbul: la piste du PKK privilégiée

TERRORISME Les rebelles kurdes ont pourtant nié toute responsabilité dans la double explosion de dimanche, qui a fait 17 morts dont cinq enfants...

Kéthévane Gorjestani

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Deux bombes ont explosé dimanche soir à Istanbul, faisant au moins 15 morts et 154 blessés, un attentat qui survient alors que la Turquie traverse une période de tension, entre une enquête sur un gang putschiste et la possible interdiction du parti au pouvoir.
Deux bombes ont explosé dimanche soir à Istanbul, faisant au moins 15 morts et 154 blessés, un attentat qui survient alors que la Turquie traverse une période de tension, entre une enquête sur un gang putschiste et la possible interdiction du parti au pouvoir. — Mustafa Ozer AFP

La piste des rebelles kurdes semble être privilégiée après le double attentat de dimanche, qui a fait 17 morts dont cinq enfants à Istanbul, sur une avenue commerçante de la rive européenne de la ville. Une cinquantaine de blessés étaient toujours hospitalisés lundi, dont six dans un état grave.

«Il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une attaque terroriste», a déclaré le gouverneur d’Istanbul, soulignant que les autorités visualisaient les enregistrements des caméras de surveillance et menaient l'investigation sur les liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). «Evidemment, on voit un lien avec l'organisation séparatiste», le PKK, a-t-il ajouté.

«Il y avait deux engins (...) Tous deux étaient disposés dans des poubelles. Ils ont explosé à 10 ou 12 minutes d'intervalle. Après la première explosion (qui n'a pas fait de morts), les gens se sont bien sûr rassemblés et c'est alors qu'est survenue la deuxième explosion, qui a fait des morts», a expliqué Muammer Güler.

Selon des témoins, la seconde déflagration était beaucoup plus importante que la première, renforçant la thèse d'un piège destiné à faire le plus de victimes possible.

Le Premier ministre vise implicitement le PKK

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a implicitement accusé les rebelles kurdes, sans les citer, expliquant que cela constituerait de la «propagande» pour les rebelles.

Selon les autorités et les médias, le PKK, qui a nié toute responsabilité dans ces attaques, aurait commis l'attentat en représailles à une vague d'offensives militaires, dans le sud-est turc et en Irak du nord, où l’organisation a des bases arrières. Plusieurs attentats lui ont été attribués ces dernières années. Le PKK, qui se bat depuis 1984 pour l’indépendance du sud-est de l’Anatolie, majoritairement kurde, est considéré comme une organisation terroriste par Ankara, les Etats-Unis et l'Union européenne.

Deniz Baykal, le chef de l’opposition au Parlement, a également mis en cause les rebelles kurdes.

La Turquie en pleine période de tension

Ce double attentat intervient alors que la Turquie traverse une période de crise. Ce lundi matin débutait, à Ankara, les délibérations de la Cour constitutionnelle concernant une possible interdiction pour activités antilaïques du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, issu de la mouvance islamiste.

Par ailleurs, vendredi, un tribunal d’Istanbul a décidé de juger le réseau nationaliste Ergenekon, accusé d'avoir tenté de semer le chaos dans le pays pour préparer un coup d'Etat militaire qui renverserait le gouvernement.

L'affaire enflamme d'autant plus la Turquie que parmi les 86 prévenus figurent des personnalités de premier plan du camp laïc - des généraux et des journalistes – adversaire farouche de l'actuel gouvernement qu'ils accusent de vouloir islamiser la Turquie.

Les autres groupes soupçonnés
Des groupes armés islamistes et d’extrême gauche sont également actifs à Istanbul. En novembre 2003, un attentat qui avait fait 63 morts avait été attribué à al-Qaïda.