TPI: Radovan Karadzic dans l'attente de son transfèrement vers La Haye

© 2008 AFP

— 

Le recours déposé par Radovan Karadzic contre son transfèrement vers le TPI de La Haye pourrait arriver à la justice serbe seulement mardi, le jour où l'opposition ultra-nationaliste veut organiser une manifestation à Belgrade contre la "traîtrise" du gouvernement.
Le recours déposé par Radovan Karadzic contre son transfèrement vers le TPI de La Haye pourrait arriver à la justice serbe seulement mardi, le jour où l'opposition ultra-nationaliste veut organiser une manifestation à Belgrade contre la "traîtrise" du gouvernement. — AFP/Archives

Radovan Karadzic pourrait être transféré vers La Haye d'ici mercredi et jeudi, plus d'une semaine après son arrestation rocambolesque à Belgrade qui a mis fin à la longue cavale, encore bien mystérieuse, de l'ancien chef des Serbes de Bosnie.

>>> Pour retrouver tout notre dossier sur Radovan Karadzic et le TPI, cliquez ici...

L'avocat de Radovan Karadzic, Me Svetozar Vujacic, a indiqué au quotidien Vecernje novosti de dimanche que son client ne serait pas transféré vers le Tribunal pénal international (TPI) avant mercredi ou jeudi.

Il devra y répondre de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre pour son rôle pendant la guerre de Bosnie (1992-1995).

«Anti-serbe»

La justice internationale reproche notamment à Radovan Karadzic, considéré comme l'un des principaux artisans du plan de «nettoyage ethnique» de la Bosnie-Herzégovine, le massacre de Srebrenica (8.000 morts), mais aussi le siège de Sarajevo qui a coûté la vie à quelque 10.000 civils.

Radovan Karadzic était avec son ancien bras droit militaire, le général Ratko Mladic, le principal fugitif dont les Européens réclamaient l'arrestation pour que Belgrade puisse aller de l'avant dans ses aspirations européennes. Avec l'arrestation de Karadzic, l'étau s'est resserré autour de Mladic, même s'il est considéré généralement comme disposant de solides soutiens pour protéger sa clandestinité.

Médecine alternative

Radovan Karadzic avait disparu depuis 1996, quelques mois après son inculpation par le TPI en 1995. Depuis, il était insaisissable, toutes les perquisitions en Bosnie, chez ses proches ou ailleurs, restaient vaines. On le disait caché dans des monastères orthodoxes, quelque part en Bosnie, ou même en Russie...

Et à la stupeur du monde entier, l'homme, ancien psychiatre, a finalement été arrêté à Belgrade où il vivait sous le nom de Dragan Dabic, pratiquant la médecine alternative, rédigeant des articles pour une revue, participant même à des conférences sur la santé.

Les voisins et les personnes qui ont eu l'occasion de le rencontrer assurent n'avoir eu à aucun moment le moindre soupçon sur la véritable identité du Dr Dabic. Il est vrai que Radovan Karadzic s'était rendu méconnaissable avec de longs cheveux blancs et une barbe épaisse, des lunettes, et souvent un chapeau, ayant plutôt l'apparence d'un vieil original.

Maitresse

La presse serbe est avide de détails sur sa traque par les services secrets, sur les conditions de son arrestation, dans un autobus à Belgrade, ce qu'il portait sur lui, où il se rendait, certains journaux assurant même qu'il partait en vacances.

Mais les quotidiens ont également cherché à savoir qui il fréquentait et qui était par exemple cette femme brune lui souriant sur une photo, publiée dans la presse du monde entier. Celle-ci, Mila Cicak, a démenti de nouveau dans Vecernje novosti de dimanche avoir été sa maîtresse. «Je ne cachais pas Radovan Karadzic. Je n'étais pas sa maîtresse», a-t-elle déclaré, ajoutant qu'elle ne connaissait qu'un médecin du nom de Dragan Dabic.

Vieil original

Une controverse persiste sur la date exacte de son arrestation, le 21 juillet selon les autorités, le vendredi 18 selon son avocat.

En ce qui concerne la dimension politique de l'événement, plusieurs journaux ont relevé que l'arrestation de Karadzic est intervenue juste après l'arrivée d'un proche du président Boris Tadic à la tête des services secrets et la prestation de serment du nouveau gouvernement pro-européen, le 7 juillet.

La Serbie retient son souffle avant le transfèrement de Radovan Karadzic et l'opposition prépare un meeting d'envergure mardi à Belgrade, comptant sans doute sur les sentiments d'hostilité qu'éveille le TPI dans l'opinion. Le Tribunal est considéré par beaucoup comme une instance «anti-serbe».

L'arrestation de Karadzic a suscité jusqu'ici des manifestations modestes. Mais signe d'une tension, la présidence serbe a indiqué que Boris Tadic avait reçu plusieurs menaces de mort par courrier électronique.