Devant Obama, Sarkozy ressort la légende des talibans et du vernis à ongles

INTERNATIONAL Les faits ne sont pourtant pas du tout avérés...

V.G.

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Après Paris, le candidat démocrate à la Maison Blanche Barack Obama est arrivé vendredi soir à Londres, dernière étape d'une tournée visant à conforter sa stature internationale et qui l'a conduit au Moyen-Orient et en Europe.
Après Paris, le candidat démocrate à la Maison Blanche Barack Obama est arrivé vendredi soir à Londres, dernière étape d'une tournée visant à conforter sa stature internationale et qui l'a conduit au Moyen-Orient et en Europe. — Eric Feferberg AFP

C'est une petite phrase de Nicolas Sarkozy qui est passé inaperçue. Vendredi, lors de sa conférence de presse conjointe avec Barack Obama, le Président français a justifié son maintien des troupes en Afghanistan en expliquant notamment que c'est un pays où l'on «coupe les doigts des femmes parce qu'elles ont du vernis à ongles».

Or, remarque le site «Arrêts sur images», personne ne peut confirmer que les talibans coupent vraiment les doigts des femmes qui se posent du vernis. C'est le chercheur Christian Salmon, auteur du best-seller «Storytelling», qui rappelait il y a quelques mois dans une tribune au «Monde» l'origine de cette légende tenace.

Un rapport d'Amnesty International... au conditionnel

«L’histoire circule sur Internet depuis des années dans d’innombrables versions [...] Une source semble en être un rapport d’Amnesty International datant de 1997 dont les conclusions étaient bien plus modestes que les commentaires qu’elle a inspirés», écrit Christian Salmon.

Voici le texte d'Amnesty International, qui est clairement au conditionnel: «Dans un cas au moins, les châtiments infligés ont pris la forme d’une mutilation. En octobre 1996, des talibans auraient sectionné l’extrémité du pouce d’une femme dans le quartier de Khair Khana à Kaboul. Cette “punition” avait apparemment été infligée à cette femme car elle portait du vernis à ongles.»

La deuxième pour Sarkozy

Nicolas Sarkozy avait déjà utilisé cet exemple le 24 avril dernier lors de son interview télévisée en prime-time: on ne peut pas dialoguer «avec des gens qui ont amputé d'une main une femme parce qu'elle avait mis du vernis à ongles», avait déclaré le Président pour justifier le maintien des troupes françaises en Afghanistan.

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