Revoter le traité de Lisbonne? C'est non pour les Irlandais

POLEMIQUE La déclaration de Nicolas Sarkozy a largement fait réagir en Irlande...

Sylvain Mouillard

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AFPTV/EBS
«Les Irlandais devront revoter et je mettrai le veto à tout élargissement (de l'Union européenne) tant qu'il n'y aura pas de nouvelles institutions.» La déclaration de Nicolas Sarkozy, mardi, lors d'une réunion avec des députés UMP, n'a pas manqué de faire réagir en Irlande. Surtout que le président de la République doit s'y rendre lundi prochain, pour représenter la présidence française de l'Union Européenne.

Le Premier ministre irlandais Brian Cowen, en visite à New York, a adopté un ton diplomatique, reconnaissant qu'il y avait différentes façons de voir pour surmonter le non irlandais au traité de Lisbonne. Mais en privé, il serait en fait beaucoup plus vindicatif à l'encontre des déclarations de Nicolas Sarkozy. Il a même prévenu le Président français: «Rien n'est encore décidé sur un éventuel second vote ou sur toute autre chose.»

«Un sérieux faux-pas»

En Irlande, les réactions ont été beaucoup moins mesurées. «Nous ne recevrons aucune perspective ni aucune tentative d'intimidation de qui que ce soit», a lâché le ministre des Affaires étrangères irlandais Micheal Martin. Il a également enjoint Nicolas Sarkozy à «écouter» lors de sa prochaine visite en Irlande, et pas à proposer ses solutions. Même Eamon Gilmore, leader du Labour Party, qui avait pourtant milité pour le oui, a estimé que Nicolas Sarkozy avait «commis un sérieux faux-pas». Sa remarque «ne sert à rien», a-t-il ajouté.

C'est en fait la précipitation de Nicolas Sarkozy qui gêne le plus les Irlandais. Il avait en effet été décidé lors d'un sommet européen en juin que l'Irlande aurait le temps de réfléchir aux suites du non, et qu'aucune pression ne lui serait faite.

On joue l'apaisement du côté français


Pour Aengus O Snodaigh, membre du Sinn fein, partisan du non, les propos du Président français sont  «profondément insultants pour le peuple irlandais». «Le traité de Lisbonne est mort», martèle-t-il. Il compte d'ailleurs bien le répéter à Nicolas Sarkozy lors de sa prochaine venue. Un autre des plus farouches opposants au traité de Lisbonne, Declan Ganley, du Libertas group, a lui expliqué que la déclaration française était «l'illustration parfaite des processus anti-démocratiques qui ont lieu à Bruxelles».

Chez les conseillers de Nicolas Sarkozy, on joue l'apaisement en expliquant que le président français ne viendrait pas en Irlande avec «un plan tout fait, ni pour faire des propositions aux Irlandais».