Chine: Vingt ouvriers spoliés tentent de se suicider

SOCIAL Ils attendaient toujours le paiement de leurs indemnités...

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Cela s’est passé le 27 juin, dans la bourgade montagneuse du Guizhou, au sud-ouest de la Chine. Date et lieu ne sont pas sans rappeler l’affaire de Wengan, où la population s’était enflammée après la mort d’une adolescente avant d’obtenir gain de cause. Cette fois pourtant, c’est à Guiyang, capitale provinciale, que le feu de la révolte populaire a pris.

Vingt ex-employés d’une fabrique publique de cigarettes issus de la campagne (Kaiyang) ont tenté de se suicider en avalant des pesticides –moyen le plus répandu dans les campagnes chinoises- alors qu’ils étaient détenus par la police. Sept ont été hospitalisés et deux sont toujours dans un état critique. La veille, ils avaient été arrêtés pour avoir manifesté devant les bâtiments du gouvernement municipal où les cadres provinciaux étaient rassemblés à l’occasion d’une rencontre nationale sur l’industrie du tabac.

Suicide de protestation

Motif de leur geste? Depuis leur éviction, 6 ans auparavant, de l’entreprise en faillite, ils attendaient toujours le versement de leurs indemnités de licenciement et une aide au replacement. Désespérés par la surdité des autorités locales, après des dizaines de pétitions sans lendemain, ils ont essayé de passer à l'acte. Ces anciens paysans avaient en plus été expulsés de leurs terres manu militari pour cause de construction de la fameuse usine.

Ce suicide de protestation, qui rappelle les immolations par le feu pendant la répression de 1989, a ceci de rare qu’il est collectif, même si avec 287.000 suicides par an, la Chine est très touchée par le fléau. Contrairement à Wengan, où l’Internet avait joué un rôle d’exutoire, ici le scandale n’a pas transpiré immédiatement, les autorités locales ayant réussi à étouffer l’affaire, par peur d’un retour de bâton de Pékin ou d’un effet boule de neige.