«Ne pas confondre armée et humanitaire»

INTERVIEW Frédéric Joli, porte-parole du CICR en France, revient sur la libération d'Ingrid Betancourt via un hélicoptère camouflé en appareil d'ONG...

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Quatre nouveaux otages des guérilleros des Farc (marxistes), d'anciens parlementaires colombiens, ont été libérés mercredi à midi dans le sud-est de la Colombie, a rapporté la chaîne de télévision privée radio Caracol.
Quatre nouveaux otages des guérilleros des Farc (marxistes), d'anciens parlementaires colombiens, ont été libérés mercredi à midi dans le sud-est de la Colombie, a rapporté la chaîne de télévision privée radio Caracol. — Rodrigo Arangua AFP

Mercredi, 15 otages des Farc, dont Ingrid Betancourt, ont été libérés par l’armée colombienne. Pour cela, les militaires ont utilisé un hélicoptère camouflé en appareil appartenant à une ONG. Frédéric Joli, porte-parole du CICR en France, revient sur cette pratique qui fragilise le travail des humanitaires sur le terrain.

>> A lire aussi: l'interview de Philippe Lévêque, directeur général de Care France.

>>> Retrouvez notre dossier sur la libération d'Ingrid Betancourt.

Condamnez-vous l’utilisation par l’armée colombienne d’un hélicoptère aux couleurs d’une ONG pour libérer les otages?

On ne condamne rien du tout car nous avons conscience que cette affaire se situe dans une zone grise. Mais c’est toujours inquiétant de constater une telle pratique car elle entraîne une confusion dans la perception du travail humanitaire. Je rappelle que celui-ci n’a pas d’autre but que d’assurer une mission de protection et d’assistance lors d’un conflit armé. Nous sommes les gardiens des accords de Genève et devons pour cela obtenir l’accord de toutes les parties pour intervenir. La confiance et la neutralité sont capitales pour intervenir. C’est ainsi que nous avons pu recueillir Clara Rojas lorsqu’elle a été libérée: nous avions obtenu l’accord des Farc et des autorités colombiennes.

Justement, l’opération de libération d’Ingrid Betancourt a-t-elle eu des répercussions sur votre travail en Colombie?

Il est encore trop tôt pour le dire mais nous allons veiller à ce que la confiance construite au fil des ans avec les Farc persiste. Il est important de maintenir tous les canaux ouverts.

Comment travaillez-vous en Colombie?

Nous avons près de 300 employés CICR, 55 délégués expatriés et 235 locaux. Nous avons évidemment rencontré quelques problèmes par le passé, le dialogue est plus difficile à certaines périodes de tensions, mais nous sommes installés en Colombie depuis le début du conflit avec les Farc, depuis quarante ans.