L'ambassade américaine à Cuba, le 12 janvier 2017.
L'ambassade américaine à Cuba, le 12 janvier 2017. — R. Espinosa/AP/SIPA

SCIENCES

«Attaque acoustique» à Cuba: Le son enregistré serait en fait produit par... des grillons

Mais cette hypothèse avancée par des chercheurs n'explique pas les symptômes sérieux qui ont touché une vingtaine de diplomates américains...

Non, la Russie n’a pas testé une mystérieuse arme sonique à Cuba. Une étude d’un enregistrement du phénomène qui a provoqué une grave crise diplomatique avec les Etats-Unis a conclu à un son produit par des grillons. Cette hypothèse, si elle est jugée crédible, n’expliquerait pas les symptômes (migraines, nausées et légères lésions cérébrales) dont ont été victimes une vingtaine de diplomates américains à l’ambassade des Etats-Unis à la Havane. Mais l’hypothèse d’une attaque acoustique, privilégiée par les autorités américaines, pourrait avoir été une fausse piste. Les Etats-Unis ont retiré plus de la moitié de leur personnel diplomatique à Cuba, suspendu leurs activités consulaires à La Havane, et ordonné l’expulsion de 15 diplomates cubains du territoire américain.

Deux biologistes se sont penchés sur un enregistrement d’un bourdonnement censé faire partie de ces attaques acoustiques et ont conclu que le bruit en question correspondait au chant d’accouplement du grillon à queue courte de De Geer, présent dans les Caraïbes. Rendue publique la semaine dernière, leur étude n’a pas encore été publiée dans une revue scientifique, ni évaluée par des pairs. Elle ne s’intéressait pas directement à la cause des problèmes de santé rencontrés par les diplomates.

Retour à la case départ

Le chant du grillon à queue courte de De Geer – dont le rythme des battements d’ailes compte parmi les plus élevés de l’espèce – correspond à l’enregistrement en termes « de durée, de fréquence de répétition des battements, du spectre de puissance, du taux de stabilité des battements et d’oscillations par battement », indique l’étude. Il y a quelques différentes, mais qui seraient, selon les chercheurs, dues à l’enregistrement à l’intérieur du bâtiment.

« Bien que déroutants, les sons mystérieux à Cuba ne sont pas physiquement dangereux et ne constituent pas une attaque acoustique », avance l’étude d’Alexander Stubbs, doctorant à l’université de Berkeley en Californie, et de Fernando Montealegre-Zapata, enseignant en biologie sensorielle à l’université de Lincoln, en Grande-Bretagne.

Interrogé en 2017 par 20 Minutes, le neuroscientifique Seth Horowitz, expert en acoustique, ne croyait pas à une attaque acoustique. Selon lui, pour causer des dégâts cérébraux, « il faudrait un énorme amplificateur jouant les bonnes fréquences à une distance très proche ». Infection virale ou bactérienne, attaque chimique, radiations… Le mystère reste entier.