Brésil: Jair Bolsonaro confie la démarcation des terres indigènes à un soutien de l’agrobusiness

ENVIRONNEMENT Tereza Cristina da Costa, nouvelle ministre de l’Agriculture au Brésil, a toujours défendu les intérêts de l’agrobusiness. Elle est désormais en charge de la délimitation des terres indigènes…

20 Minutes avec agences

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Jair Bolsonaro, le nouveau président du Brésil.
Jair Bolsonaro, le nouveau président du Brésil. — Ricardo Moraes/AP/SIPA

L'avenir des terres indigènes inquiétait de nombreux observateurs brésiliens en cas d’élection de  Jair Bolsonaro. Les premières mesures du nouveau président du Brésil semblent leur donner raison. Dès le premier jour de son mandat, il a placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture la démarcation des terres attribuées aux peuples autochtones, par une ordonnance publiée mardi soir au Journal Officiel.

Le ministère aura sous sa responsabilité « la réforme agraire, la régularisation de la propriété dans les zones rurales (…) et les terres indigènes », indique le texte. Auparavant, l’attribution de ces réserves était régulée par la Fondation de l’Indien (Funai), organisme public chapeauté jusqu’à présent par le ministère de la Justice.

« Le démantèlement a débuté »

Or, Jair Bolsonaro a confié le portefeuille de l’Agriculture à Tereza Cristina da Costa, leader du groupe parlementaire « ruraliste », qui défend les intérêts de l’agrobusiness, soutien important du président lors de sa campagne. Pour les défenseurs de la cause indienne, ce transfert de compétences dans la démarcation des terres revient à livrer les territoires ancestraux à l’appétit vorace de l’agrobusiness.

« Vous avez vu ? Le démantèlement a débuté. La Funai n’est plus responsable de l’identification, de la délimitation et de la démarcation des terres indigènes », a déploré sur Twitter la leader indienne Sonia Guajajara, candidate à la vice-présidence sur le ticket de Guilherme Boulos (extrême gauche).

La Funai elle-même devrait également voir son fonctionnement profondément bouleversé sous le gouvernement Bolsonaro, qui a prévu de la mettre sous tutelle du nouveau ministère de la Femme, de la Famille et des Droits de l’Homme.

Le ministère de l’Environnement en sursis

Jair Bolsonaro avait également l’intention de fusionner les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, mais a fait machine arrière en raison du tollé provoqué par cette perspective.

Des représentants du lobby de l’agrobusiness ont eux-mêmes manifesté leur inquiétude, craignant des sanctions commerciales sur les produits agricoles brésiliens de la part de pays soucieux de la préservation de l'environnement.

« Dès la campagne, nous avons toujours eu l’idée de placer tout ce qui tourne autour de l’agrobusiness, qui aujourd’hui porte à bout de bras l’économie brésilienne, sous le giron du ministère de l’Agriculture, a affirmé mercredi à des journalistes Onyx Lorenzoni, chef du gouvernement Bolsonaro. L’Environnement aurait aussi dû y être réuni. Nous n’avons pas pu faire certaines choses, mais, avec le temps, tout finit par fonctionner ».