Est-ce la fin des Farc?

Sandrine Cochard

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Interpol a confirmé jeudi "l'authenticité" de documents informatiques trouvés dans les ordinateurs d'un chef de la guérilla tué, prouvant, selon Bogota, des liens entre les dirigeants du Venezuela et de l'Equateur avec les Farc.
Interpol a confirmé jeudi "l'authenticité" de documents informatiques trouvés dans les ordinateurs d'un chef de la guérilla tué, prouvant, selon Bogota, des liens entre les dirigeants du Venezuela et de l'Equateur avec les Farc. — AFP

Depuis plusieurs mois, la guérilla des Farc doit faire face à la perte de ses cadres, tués ou démobilisés. La libération d’Ingrid Betancourt, mercredi, révèle de nouvelles failles au sein de l’organisation, déjà fragilisée par la mort de son leader historique, Manuel Marulanda.

>> Retrouvez la synthèse de ce que l'on sait, jeudi matin, sur la libération des otages.

Est-ce la première fois qu’un militaire colombien s’infiltre au sein des Farc?

«Non, il y en a déjà eu, assure Daniel Pécaut, chercheur à l'EHESS et spécialiste de la Colombie. Surtout, les Farc font face à de nombreuses redditions. Il existe plusieurs cas de désertions de guérilleros, passés chez les paramilitaires ou les narcotrafiquants.»

Une guérilla affaiblie
«La série noire continue pour les Farc, analyse Pascal Drouhaud, expert en géopolitique et auteur du livre «Farc, confessions d’un guérillero», sur lefigaro.fr. En trois mois, ils ont perdu leur leader historique, (Manuel Marulanda ndlr), ils ont perdu Raul Reyes (leur négociation) et Ivan Rios. Et désormais, leur otage emblématique est libérée.»

Pour Daniel Pécaut, le revers essuyé mercredi par les Farc n’est pas forcément synonyme de leur fin. «C'est néanmoins un coup très dur qui leur a été porté, a-t-il affirmé jeudi matin à 20minutes.fr. Cette libération atteste surtout du délitement progressif de la guérilla et de sa désorganisation que l'on observe depuis plusieurs mois. Notamment au niveau de la communication entre la direction de la guérilla et sa base.»

Hugo Chavez sur la touche?
L’un des seuls chef d’Etat à dialoguer ouvertement avec les Farc – inscrit sur la liste internationale des organisations terroristes en 2001 – le président vénézuélien Hugo Chavez apparaît aujourd’hui hors-jeu. Les Farc perdent ainsi leur plus solide «allié» et la possibilité pour eux de négocier la libération de certains des leurs, faits prisonniers par le gouvernement colombien, alors qu’Alvaro Uribe a toujours refusé de s’asseoir autour d’une table avec eux. «Ce qui ne fait aucun doute c'est que les Farc sont en train de perdre la bataille et se trouvent dans une situation de très grande faiblesse, sans leaders et sans possibilité de trouver une issue militaire», a ainsi déclaré jeudi midi le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos à la radio privée Cadena Ser. Ce malgré les nombreux otages que les Farc retiennent encore.

Combien d’otages sont encore retenus par les Farc?
Les guérilleros retiennent encore 23 otages politiques et environ mille otages dits économiques de plus, avertit Daniel Pécaut. Le chiffre grimperait même jusqu’à 3.000, selon Hervé Marro. Avec un risque pour ces derniers prisonniers: les otages les plus «importants» libérés, les Farc n’ont plus de quoi négocier et Alvaro Uribe n’a plus d’entrave pour mener l’opération militaire de grande envergure qu’il prône depuis son accession à la présidence. Une intervention toujours très risquée pour les civils.

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