Europe: la présidence française accumule déjà les ennuis

ANALYSE Nicolas Sarkozy doit faire face au «non» polonais et aux propos du commissaire au Commerce...

Clémence Lemaistre (avec V.G.)

— 

AFPTV

Nouveau coup dur européen pour Nicolas Sarkozy. A peine commencée, la présidence française accumule les ennuis. Déjà bloqué dans sa volonté de faire des réformes institutionnelles par le «non» irlandais au traité de Lisbonne, le président français doit faire face depuis ce mardi matin au «non» polonais.
 
«Aujourd'hui personne ne peut connaître l'avenir du traité Lisbonne. Une chose est certaine, il n'y aura pas de nouvelles institutions en janvier 2009», pouvait-on entendre, lundi, de la bouche de hauts fonctionnaires européens.

La tendance était cependant plutôt à l'optimisme, sur le fait que le traité de Lisbonne serait finalement ratifié, que les Irlandais trouverait un moyen de faire revoter le traité, grâce par exemple à une déclaration de principe sur le fait que le pays est neutre militairement, comme cela avait été le cas avec le traité de Nice.

Le problème tchèque
 
A cet obstacle, s'ajoutait jusqu'ici, la Tchéquie: le président, plutôt hostile au traité, prenant prétexte du «non» irlandais pour dire qu'il fallait stopper la ratification. En réponse, Nicolas Sarkozy a fait savoir qu'il n'y aurait pas de nouveau élargissement sans approfondissement. En clair: la Croatie ne rentrera pas dans l'Union européenne tant que le traité de Lisbonne ne sera pas ratifié. Or Prague milite depuis des mois pour l'adhésion de la Croatie.
 
Seulement voilà, le «non» polonais complique encore plus la donne. Car il sera plus difficile pour Nicolas Sarkozy de faire entendre raison à ce grand pays. Déjà, en 2007, les Polonais avaient bloqué jusqu'au dernier moment l'adoption du traité de Lisbonne par les chefs d'Etats et de gouvernement des 27.

Des critiques «fausses» et «injustifiées»

 
Autre coup dur pour Nicolas Sarkozy. Le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson a jugé mardi «fausses» et «injustifiées» les critiques lundi soir du président français Nicolas Sarkozy à son encontre, estimant qu'elles nuisaient à l'unité européenne dans les négociations au sein de l'OMC.

Nicolas Sarkozy avait estimé sur France 3 que le négociateur européen à l'OMC voulait faire signer un accord dans lequel l'UE «s'engagerait à diminuer de 20% sa production agricole, à diminuer de 10% ses exportations agricoles». «C'est 100.000 emplois supprimés, je ne le laisserai pas faire», avait ajouté le président français.

Pour VGE, «la présidence française doit être modeste»
 
Cela fait en fait plusieurs semaines que le ton monte entre les deux hommes. Nicolas Sarkozy avait déjà accusé Peter Mandelson d'avoir joué un rôle dans le rejet du traité de Lisbonne en Irlande lors du référendum du 12 juin, lors d'un sommet européen il y a deux semaines. Il lui avait reproché d'avoir alimenté les craintes de pertes de subventions agricoles européennes parmi les fermiers irlandais, par sa position dans les négociations à l'OMC.
 
Peter Mandelson avait rejeté ces critiques, estimant que Paris voulait faire de lui un bouc émissaire. «Etant donné les politiques nationales particulières et les positions de la France sur le commerce, je pense qu'il plaît à la France de me dépeindre (...) comme responsable du 'non' en Irlande», avait-il dit à la BBC.

Autant dire que comme l'avait préconisé Valéry Giscard d'Estaing, la «présidence française doit être modeste». Car vu les nuages européens qui s'accumulent au-dessus de la France, «il sera difficile de faire autrement», estimait lundi un diplomate français.