Nicaragua: Une journaliste critique du régime d'Ortega accusée de «terrorisme» et placée en détention préventive

REPRESSION Alors que la crise au Nicaragua a déjà fait plus de 320 morts, Lucia Pineda, journaliste de d’une chaîne d’informations critique du président Daniel Ortega, est la deuxième à être accusée et emprisonnée…

20 Minutes avec agences

— 

Le président du Nicaragua Daniel Ortega.
Le président du Nicaragua Daniel Ortega. — Jorge Torres/EFE/SIPA

C’est la deuxième à subir un tel sort au Nicaragua. Lucia Pineda, une journaliste de la chaîne d’informations 100 % Noticias, critique du gouvernement contesté de Daniel Ortega, a été placée en détention préventive, ce dimanche.

Elle est accusée par le parquet de Managua de « provocation, incitation et conspiration à commettre des actes terroristes », ainsi que d’incitation à la haine « envers l’institution de l’ordre public, la police nationale », selon un communiqué publié par la présidence de la République.

Un autre journaliste déjà emprisonné

100 % Noticias, une chaîne du câble fermée par le gouvernement, a été l’un des médias en pointe dans la couverture de la crise que traverse le Nicaragua depuis le début des manifestations antigouvernementales, le 18 avril dernier.

Samedi, un premier journaliste, Miguel Mora, propriétaire de cette chaîne, avait déjà été inculpé pour « conspiration » et « terrorisme », les mêmes chefs d’accusation imputés aux manifestants contre le régime. Il a été conduit en prison après sa comparution au palais de justice, menotté dans le dos et vêtu d’un uniforme bleu de prisonnier, encadré par des policiers cagoulés et armés de fusils.

« Une vengeance du gouvernement »

Lucia Pineda, 45 ans, et directrice de la rédaction de 100 % Noticias, a été placée en détention préventive et le début de son procès a été fixé au 25 janvier. « Cette accusation est totalement absurde […], c’est du jamais-vu dans l’histoire juridique du pays. C’est une vengeance du gouvernement » contre les journalistes qui le critiquent, a affirmé Sergio Marín, responsable du Comité des journalistes et des communicants indépendants.

Dans un communiqué, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New-York (Etats-Unis), a demandé, lui, aux autorités la libération « immédiate » des journalistes de 100 % Noticias. Il appelle à la fin « de cette campagne désespérée pour réduire au silence des voix importantes ».

Vaste offensive contre les médias

Cette nouvelle mise en accusation d’une journaliste s’inscrit dans une vaste offensive du pouvoir depuis début décembre contre les organisations des droits de l’homme, les opposants et les médias critiques du couple présidentiel. Des locaux du site d’information internet Confidencial, dirigé par le journaliste Carlos Fernando Chamorro, un critique virulent du pouvoir, ont déjà été mis à sac.

Le quotidien La Prensa avait de son côté annoncé que le gouvernement l’empêchait d’acheter papier et encre, ainsi que des pièces détachées pour la maintenance de ses rotatives.

Soutien du Costa Rica

Lucia Pineda, qui a la double nationalité nicaraguayenne et costaricienne, a reçu le soutien du président du Costa Rica, Carlos Alvarado. Celui-ci a déploré, dans un tweet le recours à la « prison préventive ». Le consul du pays à Managua, Oscar Camacho, a annoncé qu’il fournirait un « suivi » et une « assistance consulaire » à la journaliste.

Le ministère des Affaires étrangères costaricien a, de son côté, exprimé dans un communiqué son « rejet de ce type de jugement sommaire […] qui devient un affront et un signe supplémentaire d’hostilité envers la presse indépendante » au Nicaragua.

320 morts en huit mois

Depuis huit mois, les troubles au Nicaragua ont fait plus de 320 morts. Plus de 600 manifestants ont été jetés en prison, dont plus de la moitié ont déjà été condamnés à de lourdes peines pour « terrorisme ».

Le président Daniel Ortega, de plus en plus isolé sur la scène internationale, accentue la pression sur son opposition interne en s’en prenant aux défenseurs des droits de l’homme, aux médias indépendants et aux organisations de la société civile. Au pouvoir depuis 2007, il refuse de démissionner ou d’avancer les élections.