Une Europe en panne mais une présidence française ambitieuse

Vincent Glad

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Même largement édulcoré pour vaincre l'hostilité allemande, le projet français d'Union pour la Méditerranée, que Nicolas Sarkozy présente jeudi lors d'un sommet européen à Bruxelles, risque de se heurter aux réticences d'autres Etats membres de l'UE.
Même largement édulcoré pour vaincre l'hostilité allemande, le projet français d'Union pour la Méditerranée, que Nicolas Sarkozy présente jeudi lors d'un sommet européen à Bruxelles, risque de se heurter aux réticences d'autres Etats membres de l'UE. — Francois Walschaerts AFP/Archives

La Tour Eiffel brillera lundi soir aux couleurs de l’Europe. A compter de mardi, pendant six mois, la France va tenir la présidence de l’Europe, ou pour être plus précis, la présidence du Conseil européen, une des trois grandes institutions européennes au côté de la Commission et du Parlement.

Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, l’avait assuré lors d’une interview à 20minutes.fr: malgré le «non» irlandais, la France «tiendra l’agenda prévu». Six mois pour «changer profondément notre façon de construire l'Europe», comme l'a déclaré Nicolas Sarkozy lundi sur France 3. Revue des objectifs ambitieux de la présidence française.

L’environnement
C’est le sujet sur lequel la France est le plus crédible: le Grenelle de l’environnement a montré les ambitions de Nicolas Sarkozy dans la lutte contre l’effet de serre. La présidence française va être marquée par l’échéance de la Conférence des Nations unies sur le climat qui se tiendra en 2009 à Copenhague. Il faudra arrêter une position commune sur ce sujet, autrement dit que les 27 s’accordent pour une réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 (par rapport à 1990). Pour l’instant, la France n’a conclu un accord qu’avec la seule Allemagne.

L’immigration
Nicolas Sarkozy veut faire adopter à ses partenaires européens un «pacte de l’immigration» inspiré de son principe d’«immigration choisie». Ces règles communes doivent permettre d’accélérer les reconduites à la frontière selon le principe suivant: «Un migrant en situation irrégulière a vocation soit à partir volontairement, soit à être reconduit dans son pays.» En contrepartie, la France souhaite développer une «Europe de l’asile» et favoriser le «développement solidaire». Sur ce dossier, le Quai d’Orsay devra vaincre les réticences espagnoles.

L’agriculture
La Politique agricole commune (PAC) est toujours un terrain miné. Et d’autant plus pour la France, qui est la première bénéficiaire des aides agricoles européennes. Pourtant, Nicolas Sarkozy entend boucler avant la fin de l’année «le bilan de santé» de la PAC de 2003, avant la grande réforme prévue en 2013. La France souhaite continuer à soutenir l’agriculture européenne en maintenant un budget élevé, malgré les réticences de certains pays, Grande-Bretagne en tête. La crise alimentaire mondiale pourrait aider la France à convaincre ses partenaires.

La défense
Le «non» irlandais, motivé notamment par le désir de neutralité, semblait avoir mis à mal la volonté française de développer l’Europe de la défense. Mais le jeu diplomatique habile de Nicolas Sarkozy, qui se place sous l’ombrelle de l’Otan, pourrait permettre de sauver les meubles, et de relancer le projet mort-né d’une capacité européenne d'intervention de 60.000 soldats européens. Les Britanniques s’inquiètent de la création d’une force de commandement qui puisse faire concurrence à l’Otan.

La flambée des prix
Mission impossible pour la présidence française: répondre aux peuples européens qui grondent contre la flambée des prix alimentaires et pétroliers. Mondialisation oblige, les marges de manœuvre sont très faibles, d’autant que la solution prônée par Nicolas Sarkozy (réduire les taxes sur les carburants à l’échelle européenne) n’enchante pas l’Allemagne. Sur ce dossier, le volontarisme français ne suffira certainement pas.

Les institutions

Les questions institutionnelles pourraient bien dominer les débats et occulter les efforts français sur les thématiques politiques exposées plus haut. Sans le dire officiellement, la France planche déjà sur un nouveau référendum en Irlande. Nicolas Sarkozy se rendra en Irlande le 11 juillet, «uniquement pour écouter», précise t-on au Quai d’Orsay. En attendant une décision sur un éventuel nouveau référendum irlandais, le président français devra aussi convaincre les Tchèques, très réticents, de poursuivre le processus de ratification parlementaire.