« En Somalie, la catastrophe, c'est la réalité »

Recueilli par Marion Fournier - ©2008 20 minutes

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Bruno Jochum

Directeur d'opérations de la section suisse de Médecins sans frontières (MSF) à Nairobi (Kenya).

Qu'est-ce que vous attendez de la communauté internationale ?

La semaine dernière, nous avons soigné plus de 500 enfants souffrant de malnutrition sévère. Le sort des popu­lations est dramatique, nous ne sommes pas en mesure de fournir l'aide nécessaire pour éviter que la situation n'empire. MSF rappelle la nécessité absolue de séparer ­l'action humanitaire et le pro­cessus politique. Depuis que la communauté internationale est impliquée pour rétablir la stabilité et lutter contre le terrorisme en So­malie, le conflit s'est intensifié. MSF réclame l'indépendance de l'action humanitaire.

Pourquoi tirez-vous la sonnette d'alarme maintenant ?

En Somalie, la catastrophe n'est plus un risque, c'est la réalité. Actuellement, la crise est très peu relayée dans les médias. La probabilité que le drame se produise à huis clos est très important. De plus, MSF se trouve devant une impasse : les besoins absolument indispensables qu'il faudrait offrir à la population augmentent, comme l'insécurité. Les Somaliens ne peuvent même pas se réfugier à l'étranger pour fuir cette violence car les pays autour ont fermé leurs frontières. Ils se retrouvent pris au piège.

Aujourd'hui, comment s'organise votre présence ?

Après l'assassinat de trois de nos collègues et l'augmentation de la violence subie chaque jour par les acteurs humanitaires, nous avons décidé de lever tous nos camps. Ce sont les Somaliens qui assurent désormais. Avec leurs moyens.