Un chef de file indien lance un SOS à l'Europe

Camille Raynaud de Lage - ©2008 20 minutes

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« Nous commencions à construire de nouvelles maisons sur nos terres lorsque les hommes de main des fermiers sont arrivés à moto et nous ont attaqués avec des armes à feu et des bombes artisanales », raconte Jacir José de Souza. Cet Indien de 61 ans, qui arbore une coiffe traditionnelle aux plumes bleues et rouges, est le chef de la communauté de Maturuca, une ethnie du Brésil. Depuis la semaine dernière, il parcourt l'Europe, de Madrid à Lisbonne en passant par Londres, Bruxelles, Paris et Rome pour lancer un appel au secours alors que de puissants riziculteurs brésiliens s'approprient leurs terres, dans la réserve de Raposa Serra do Sol, dans l'Etat de Roraima.

« Le 5 mai, dix des nôtres ont été gravement blessés », déplorait vendredi dernier à Paris Pierangela, la compagne d'infortune de Jacir. Mais pour la première fois, les violences ont été filmées. Une preuve qui pourrait s'avérer précieuse. Car le gouvernement de cet Etat du nord du pays, accusé de parti pris pour les fermiers, remet en question l'intégrité du territoire, pour des questions d'« énormes intérêts politiques et économiques », accuse Jean-Patrick Razon, président de l'association Survival, qui soutient la campagne des Amérin­diens. Ainsi, la Cour suprême brésilienne, saisie de l'affaire, pourrait décider d'annuler le décret d'homologation du président Lula, qui, depuis 2005, fait de cette terre une enclave indigène. « C'est la porte ouverte à une remise en question de tous les territoires indigènes du Brésil et d'Amazonie », craint Jean-Patrick Razon.