Pourquoi le Brexit est la meilleure série britannique de tous les temps

POLITIQUE-FICTION Alors que Theresa May est au Parlement britannique ce lundi pour défendre le Brexit, retour sur une série qui dure depuis déjà plusieurs années sans s’essouffler une seconde…

Jean-Loup Delmas

— 

Rangez vos Skin, Doctor Who et Black Mirror.
Rangez vos Skin, Doctor Who et Black Mirror. — AFP

Après des siècles de débats, il existe désormais une sorte de consensus planétaire pour affirmer que les deux meilleures séries récentes sont Game of Thrones et Breaking Bad (si si). Malgré cette évidence, on a tous un ami qui ne vibre que pour les séries britanniques, « à l’univers/l’humour/les personnages si particuliers ». Entre deux thèses sur le nouveau personnage de Docteur Who, trois regrets sur le fait que Skin aurait dû s’arrêter à la saison 3 et 40.000 invitations oppressantes à regarder Peaky Blinders, vous avez peut-être du mal à vous souvenir pourquoi vous restez malgré tout ami avec cette personne anglo-centrée. Surtout qu’au final, la meilleure série britannique de tous les temps, c’est le Brexit. 20 Minutes vous explique pourquoi en quelques dates.

Brexit or not Brexit > Plus fort que Sherlock. Le Brexit c’est tout d’abord une intrigue incroyable, meilleure que tous les épisodes de Sherlock. Le 23 juin 2016, défiant les pronostics, le « oui » à la question très simple : la sortie ou non de l’UE du Royaume-Uni, l’emporte d’une courte tête. 51,9 % des Britanniques le déclarent : ils font leurs bagages et quittent l’Europe. Et depuis toute l’intrigue repose à nouveau sur une très simple question : est-ce que ça va se faire, finalement cette histoire ? Deux ans et demi après ce vote historique, on ne sait toujours pas ce que veut réellement le Royaume-Uni, ni ses institutions politiques, ni sa population et on n’en sait pas plus sur les réelles intentions de l’UE. Surtout, l’idée d’un nouveau référendum britannique fait de plus en plus son chemin. Bref, c’est la meilleure série politico-intriguo-suspense de l’Histoire.
 

Theresa May > Plus torturée que SkinAprès la démission du Premier ministre proeuropéen David Cameron, le 13 juillet 2016 et lendemain du vote, la conservatrice Theresa May est nommée en remplacement express. Et si vous aimez les personnages torturés, les loulous, accrochez-vous, vous allez être servis. Therasa may est largement mieux que les adolescents pseudo-émos de la série Skin, prêts à s’ouvrir les veines ou à vider une bouteille de vodka au moindre chagrin d’amour (c’est-à-dire tous les deux épisodes). Elle est pour le Brexit au sein d’un pays qui a de plus en plus peur de la décision qu’il vient de prendre et des conséquences que ça pourrait avoir.

Plus les mois passent, plus la pression augmente entre ceux qui souhaitent un Brexit doux (comme ce qu’aurait dû donner Cassie et Sid, les vrais savent), et ceux qui désirent un Brexit à la dure. Les 8 et 9 juillet 2018, alors que Theresa May présente un projet de zone de libre-échange des biens et d’un modèle douanier avec l’UE, trois membres du gouvernement démissionnent, notamment David Davis, le ministre britannique en charge de la négociation de la sortie de l’UE avec Bruxelles, et Boris Johnson, figure historique des pro-Brexit. Le 14 novembre, rebelote : un projet d’accord prévoyant un filet de sécurité pouvant permettre une union douanière maintenue avec l’UE entraîne la démission de six nouveaux membres du gouvernement. Torturée, on vous dit.
 

Le refus du plan des Chequers > Plus barré que Doctor Who. Les voyages temporels, vous aimez ? On retourne un peu en arrière, direction les 19 et 20 septembre 2018, jour de l’humiliation pour Theresa May. Le plan de Brexit mi-doux sur lequel le Royaume-Uni planchait depuis des mois (et qui avait entraîné les démissions de juillet) est rejeté lors d’un sommet informel en Autriche qui voit les 27 refuser catégoriquement le « plan des Chequers » du Royaume-Uni (accord douanier simplifié, zone de libre-échange commune, coopération dans la sécurité). Gros retour dans le passé pour le Royaume-Uni et Theresa May qui doivent tout reprendre. Le lendemain, la Première ministre critique ses homologues européens, qui ont refusé son plan « sans explication détaillée et sans contre-proposition. » Un voyage temporel out of space.

Hard Brexit & No Brexit > Plus déprimant que Black Mirror. Vous adorez l’avenir sombre, version Black Mirror ? Eh bien le Brexit, ce n’est que ça. Des projections pessimistes du futur dans tous les camps. Les pro-UE parlent d’un avenir catastrophique qui attend selon eux le Royaume Uni sans l’aide des 27, tandis que ce lundi 17 décembre, Theresa May se rend au Parlement pour prévenir des dangers d’un non-Brexit. Ce week-end, elle a d’ailleurs taclé les deux pieds décollés Tony Blair, ancien Premier ministre qui s’était positionné en faveur d’un nouveau référendum : « Que Tony Blair aille à Bruxelles pour chercher à saper nos négociations en plaidant pour un deuxième référendum est une insulte au poste qu’il a jadis occupé et au peuple qu’il a servi. » Un nouveau scrutin « entraînerait des dégâts irréparables pour l’intégrité de notre vie politique », a-t-elle également déclaré dans un extrait diffusé à l’avance par ses services, car selon la dirigeante, un second scrutin « ne nous avancerait probablement pas plus et diviserait encore notre pays au moment même où nous travaillons pour l’unir. »

To be continued…