Les sunnites se radicalisent au Liban

DECRYPTAGE Sunnites pro-gouvernementaux et alaouites proches du Hezbollah ont repris les armes à Tripoli, au nord du pays...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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A 17H00 locales (14H00 GMT), selon un correspondant de l'AFP, les tirs se sont calmés à Bab al-Tebbaneh, Jabal Mohsen et al-Qobbé, quartiers populaires de Tripoli, la grande ville du nord, où des heurts ont opposé des sunnites partisans de la majorité antisyrienne à des Alaouites, une branche du chiisme, fidèles au Hezbollah, fer de lance de l'opposition proche de Damas et Téhéran.
A 17H00 locales (14H00 GMT), selon un correspondant de l'AFP, les tirs se sont calmés à Bab al-Tebbaneh, Jabal Mohsen et al-Qobbé, quartiers populaires de Tripoli, la grande ville du nord, où des heurts ont opposé des sunnites partisans de la majorité antisyrienne à des Alaouites, une branche du chiisme, fidèles au Hezbollah, fer de lance de l'opposition proche de Damas et Téhéran. — Joseph Barrak AFP

Il y a quatre semaines, les Libanais fêtaient leur nouveau Président. Cette élection venait clore dix jours de combats entre partisans de la majorité parlementaire du Premier ministre Fouad Siniora et de l’opposition dominée par le Hezbollah et Amal. Depuis, le calme était revenu à Beyrouth et à Tripoli. Mais ces dernières 48 heures, sunnites pro-gouvernementaux et alaouites proches du Hezbollah ont repris les armes à Tripoli, la principale ville du nord du pays.

Des tirs de mortiers, de RPG et d’armes automatiques ont fait sept morts et plusieurs dizaines de blessés depuis dimanche. Lundi après-midi, l’armée et les FSI (Forces de sécurité intérieure) se sont déployées dans les quartiers de Bab el-Tebbané et de Jabal Mohsen pour calmer le jeu.

«Les sunnites modérés se sont sentis floués»

«Mes amis sunnites se sentent humiliés par la victoire du Hezbollah en mai dernier, commente Ghada, une chrétienne de Tripoli qui a trouvé refuge à Beyrouth le mois passé. Ces nouveaux affrontements ne sont pas étonnants, car rien n’est réglé.» Les combats de mai ont en effet laissé des traces chez les sunnites. Beaucoup se sont sentis abandonnés par le Courant du Futur, le parti politique du clan Hariri au pouvoir, jugé trop modéré. Du coup, ce sont les sunnites radicaux qui ont le vent en poupe.

Cette radicalisation des esprits est alimentée par certains prédicateurs proches des salafistes. Au cœur du quartier d’Abou Samra en banlieue de Tripoli, l’un d’entre eux attend son heure. Le cheikh Omar Bakri (expulsé d’Angleterre en 2005) ne s’étonne pas de la tournure des événements: «Les sunnites modérés se tournent vers nous car ils se sont sentis floués, explique-t-il, l’air jovial. Il est maintenant possible, à la prochaine étincelle majeure, que les vrais salafistes – pas ces amateurs du Fatah al-Islam – entrent en scène. Et là, Al-Qaida prendra véritablement pied au Liban. Le Hezbollah ne fait pas peur aux salafistes car leurs techniques de combat sont radicalement différentes. Pour déstabiliser le Liban, Al-Qaida utilisera un concept simple: le “pizza delivery”, sous forme d’attentats suicide.» Une menace que l’Etat libanais prend tout à fait au sérieux sans avoir les moyens d’y faire face.

Fragilité du climat sécuritaire

De plus, l’épineuse question des groupuscules présents dans les camps de réfugiés palestiniens refait surface, principalement autour d’Aïn el-Helwé en banlieue de Saïda au Sud-Liban. Plusieurs événements (un militaire libanais tué à Abdé, des grenades lancées sur des postes de l’armée…) ont mis en exergue la fragilité du climat sécuritaire libanais.

Dimanche après-midi, Saad Hariri a appelé les habitants de Tripoli à la plus grande retenue. Mais les Libanais perdent patience: leurs chefs – majorité et opposition confondues – n’arrivent toujours pas à se mettre d’accord sur la composition du prochain gouvernement d’union nationale, prévue par l’accord de Doha du 21 mai. Entre blocage à la tête de l’Etat et tensions sur le terrain, rien ne dit que l’été libanais ne s’embrasera pas.