Affaire Jamal Khashoggi: Première sortie internationale au G20 pour le prince saoudien qui risque la douche froide

DESAMOUR Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a achevé cette semaine une tournée dans quatre pays arabes, son premier déplacement depuis l’affaire Khashoggi…

20 Minutes avec AFP

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Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane
Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane — SIPA

Plusieurs semaines après le meurtre du journaliste saoudien, Jamal Khashoggi, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, soupçonné par certains d’être à l’origine de cet assassinat, recommence ses déplacements à l’étranger. « MBS », dont l’image a été entachée par cette affaire, doit se rendre ce vendredi en Argentine pour le sommet du G20, en compagnie des principaux dirigeants du monde.

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, autrefois populaire sur la scène internationale, a achevé cette semaine une tournée dans quatre pays arabes, son premier déplacement à l’étranger depuis le meurtre de l’éditorialiste saoudien.

Une « photo de la honte » pour l’ancien roi d’Espagne

S’il a été bien accueilli aux Emirats arabes unis et à Bahreïn, deux de ses plus proches alliés, ainsi qu’en Egypte, il a en revanche fait face à des manifestations hostiles en Tunisie. Soupçonné ou accusé d’être derrière le meurtre de l’éditorialiste du quotidien américain Washington Post, le prince héritier a ignoré les pressions et la réprobation internationale et maintenu son déplacement en Argentine. Mais il risque la douche froide.

Le prince risque d’être traité comme un « paria » par certains dirigeants lors du G20, estime Bessma Momani, professeure à l’Université de Waterloo au Canada. L’ancien roi d’Espagne, Juan Carlos, a fait l’objet cette semaine de critiques virulentes pour une poignée de main avec le prince à Abou Dhabi et une photo de la rencontre. Le quotidien espagnol conservateur El Mundo a parlé de « photo de la honte » et la famille royale espagnole a ensuite tenté de minimiser l’importance de cette rencontre.

Une douche froide à Buenos Aires

Mais le prince de 33 ans, surnommé « MBS », a utilisé sa tournée régionale comme un signe de victoire après que le président américain Donald Trump a refusé de le mettre directement en cause dans le meurtre de Khashoggi, contre l’avis de l’agence de renseignement américaine CIA. Mais à Buenos Aires, l’accueil pourrait bien s’apparenter à une douche froide, selon des responsables dans l’entourage du prince héritier. L’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch a porté plainte lundi devant la justice argentine contre le prince.

Elle demande aux procureurs d’enquêter sur « la possible complicité » de MBS dans le meurtre de Jamal Khashoggi et sur sa responsabilité présumée dans de possibles crimes de guerre au Yémen où son pays intervient militairement contre les rebelles. A Washington, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo et le ministre de la Défense Jim Mattis s’exprimeront au Sénat mercredi alors que de nombreux élus plaident pour une attitude plus dure face à l’Arabie saoudite.

L’ombre d’une enquête du Congrès américain plane toujours sur « MBS »

Le prince devrait rencontrer le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a maintenu la pression sur le royaume en affirmant que les ordres pour le meurtre de Khashoggi venaient des « plus hauts niveaux » du gouvernement saoudien. La rencontre, si elle a lieu, « indiquerait qu’un accord a été conclu, qui pourrait inclure une réconciliation dans le Golfe (entre le Qatar et ses adversaires) et des mesures concrètes pour mettre fin à la guerre au Yémen », estime Sigurd Neubauer, un analyste du Moyen-Orient basé à Washington.

« Cependant, un accord potentiel entre Ryad et Ankara ne protégera probablement pas MBS des enquêtes du Congrès américain sur le meurtre de Khashoggi », précise-t-il. Bien que l’affaire Khashoggi semble avoir torpillé cette image, elle n’a pas remis en cause l’emprise croissante du prince sur les leviers du pouvoir de son pays.