«Implants files»: Un fabricant français de prothèses soupçonné de corruption par la justice italienne

SCANDALE La justice soupçonne Ceraver Italia, la filiale italienne du fabricant français de prothèses orthopédiques, d’avoir soudoyé des chirurgiens pour qu’ils posent des prothèses de la marque…

Manon Aublanc

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Fabrication d'une prothèse au Centre Pillet.
Fabrication d'une prothèse au Centre Pillet. — T. Weill/20 Minutes

Alors que les « Implants files » continuent de révéler les lacunes du contrôle des implants médicaux, la justice italienne s’intéresse au fabricant français de prothèses orthopédiques, Ceraver, soupçonné de corruption, rapporte France Inter, ce mercredi.

En France, Ceraver est déjà soupçonné par la justice d’avoir participé à l’implantation, sans consentement et sans autorisation, de quatre patients en 2011, mais aussi d’avoir vendu des prothèses de genou et de hanche non homologuées par un organisme de certification européenne. Le procès, qui vise l’entreprise et son PDG, Daniel Blanquaert, devrait débuter en septembre 2019.

Des cadeaux pour les remercier de « leur fidélité aux prothèses »

De l’autre côté de la frontière, la justice s’intéresse plus particulièrement à Ceraver Italia, la filiale italienne du fabricant de prothèses orthopédiques. Le directeur des ventes et un commercial sont soupçonnés d’avoir rémunéré des chirurgiens pour qu’ils posent des implants de la marque Ceraver. Après plusieurs mois d’enquête et d’écoutes téléphoniques, les enquêteurs de la Guardia di Finanza, la police fiscale italienne, ont découvert que plusieurs chirurgiens orthopédistes avaient été soudoyés.

Les chirurgiens concernés auraient reçu de l’argent liquide, mais aussi avec des voyages luxueux payés ou des repas dans des grands restaurants pour les remercier de leur fidélité. Une corruption qui a pris fin en 2017 lors de l’arrestation de deux salariés de Ceraver Italia et de plusieurs chirurgiens à Monza, près de Milan. D’abord placés en détention provisoire, les commerciaux et chirurgiens ont été assignés à résidence ou suspendus de leurs activités.

Un procès au printemps 2019

Et le directeur commercial et le commercial n’ont pas mis très longtemps à avouer et à mettre au goût du jour le système de corruption. « L’argent provenait principalement des factures liées aux frais kilométriques et artificiellement gonflées que Ceraver en France acceptait de rembourser », rapporte France Inter. L’un des salariés de la filiale italienne a accusé les cadres français d’être au courant du montage, une information contestée par Daniel Blanquaert, le PDG de la maison-mère de Ceraver.

Le directeur administratif et financier et l’ancien administrateur délégué de la filiale italienne ont été entendus, à leur demande, par la justice italienne. L’Italie reproche également à l’entreprise française Ceraver d’avoir versé 20.000 euros à un chirurgien italien, embauché comme consultant, qui n’avait pas encore commencé à travailler. Le procès pourrait avoir lieu dans quelques mois, au printemps 2019, mais le parquet de Monza, lui, est convaincu de l’implication des trois Français. Ces derniers ont nié et ont expliqué que les deux salariés de Ceraver Italia étaient très indépendants.

Des prothèses de genou non conformes vendues aux hôpitaux?