Bébés génétiquement modifiés: La Chine ouvre une enquête contre le scientifique

JUSTICE Un scientifique affirme avoir modifié l’ADN de jumelles, dont le père est séropositif, pour les rendre résistantes au virus du sida…

20 Minutes avec AFP

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Illustration sur le séquençage ADN à l'Institut Pasteur de Lille.
Illustration sur le séquençage ADN à l'Institut Pasteur de Lille. — M.Libert / Archives 20 Minutes

Un acte décrit par de nombreux chercheurs comme « une folie ». La Chine a lancé une enquête sur un scientifique chinois, qui assure avoir fait naître, « il y a quelques semaines », les deux premiers bébés génétiquement modifiés de l’histoire.

He Jiankui, professeur d’université à Shenzhen, dans la province du Guangdong (sud), a annoncé, dans une vidéo diffusée ce lundi sur YouTube, la naissance « il y a quelques semaines » de jumelles dont l’ADN a été modifié pour les rendre résistantes au virus du sida.

La technique Crispr-Cas9, dite des « ciseaux génétiques »

« Nous avons demandé aux autorités sanitaires de la province du Guangdong d’ouvrir immédiatement une enquête minutieuse afin d’établir les faits », a réagi ce lundi soir la Commission nationale de la santé, disant « attacher une grande importance » à l’affaire.

L’annonce de He Jiankui a soulevé une vague de critiques dans la communauté scientifique mondiale, y compris au sein de l’établissement du chercheur, l’Université de sciences et technologie du Sud, qui l’a désavoué et s’est dite « profondément choquée ». Le scientifique, qui a été formé à Stanford aux Etats-Unis et dirige un laboratoire spécialisé dans le génome à Shenzhen, explique avoir employé la technique Crispr-Cas9, dite des « ciseaux génétiques ».

Une « folie » qui porte « un grand coup à la réputation »

Elle permet d’enlever et de remplacer des parties indésirables du génome, comme on corrige une faute de frappe sur un ordinateur. Les jumelles, surnommées « Lulu » et « Nana », sont nées après une fécondation in vitro, à partir d’embryons modifiés avant leur implantation dans l’utérus de la mère.

Cette première médicale autoproclamée n’a pas été vérifiée de façon indépendante, les résultats de l’équipe chinoise n’ayant pas fait l’objet d’une publication dans une revue scientifique. Plus de 100 scientifiques chinois, principalement des biologistes et des médecins, ont déploré dans un communiqué une « folie » qui porte « un grand coup à la réputation mondiale et au développement de la recherche biomédicale en Chine ».