«Gilets jaunes»: La presse étrangère raille Emmanuel Macron

MOBILISATION Pour la presse étrangère, le mouvement des « gilets jaunes » va bien au-delà de la hausse du carburant et de la « prétendue insensibilité écologique » des Français…

Manon Aublanc

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Emmanuel Macron le 6 septembre 2018 au Luxembourg.
Emmanuel Macron le 6 septembre 2018 au Luxembourg. — Frederic Sierakowski / Is/SIPA

Si les contestations des « gilets jaunes » font la Une de l’actualité française depuis une semaine, qu’en pensent nos voisins ? « Erreurs », « symptôme d’une rupture », « folklore »… Du côté de la presse étrangère, Emmanuel Macron n’est pas épargné par les critiques.

« Les Français ont l’impression d’être pris pour des imbéciles. A juste titre », analyse Die Welt, le journal conservateur allemand qui estime que « le gouvernement a commis plusieurs grosses erreurs », notamment « en justifiant l’augmentation des taxes par la seule protection de l’environnement, bien que la majeure partie des recettes serve un objectif différent. »

« Sa politique n’a jusqu’à présent apporté aucune amélioration notable »

Mais pour le quotidien allemand, la mobilisation des « gilets jaunes » est « différente du folklore protestataire habituel ». « Cette fois, il ne s’agit pas de défendre des privilèges ou des acquis sociaux », explique Die Welt qui voit dans ce mouvement « le symptôme d’une rupture » entre « la classe dirigeante » et des citoyens dont elle est « toujours plus éloignée ».

Un son de cloche similaire chez le Süddeutsche Zeitung, un quotidien de tendance libérale, qui évoque « la rébellion d’une classe moyenne qui se sent marginalisée socialement et géographiquement par les personnes les mieux rémunérées des grandes villes ». « Pour la plupart des Français, sa politique n’a jusqu’à présent apporté aucune amélioration notable », explique le journal. « Aujourd’hui, le coût des carburants alimente la colère, et Macron recommande aux automobilistes d’acheter des voitures électriques propres », se moque le quotidien.

« Un nouvel aristocrate, éloigné des problèmes de la population commune »

En Italie, La Repubblica considère que le mouvement résulte de « la rage d’une classe sociale sans avenir » et de « la colère de ceux qui n’ont plus rien à perdre », des « exclus ». Si le quotidien italien, Corriere Della Sera, est moins sévère, admettant que l’écologie est « l’une des plus nobles batailles » d’Emmanuel Macron, il estime que la mobilisation est issue « de causes plus profondes qu’une prétendue insensibilité écologique » des Français.

« Le président Macron, étranger aux partis politiques et néophyte, a été élu en partie grâce à une révolte contre les élites. Maintenant qu’il est à l’Élysée, il est perçu comme un nouvel aristocrate, éloigné des problèmes de la population commune », poursuit le journal italien qui rappelle que « les catégories sociales impliquées sont les plus défavorisées sur le plan économique […] et les plus pénalisées par un système de transport en commun qui, quel que soit son degré d’efficacité et d’importance, implique toujours des millions de trajets quotidiens par la route. »

« Un mouvement périphérique dans tous les sens du terme »

Le journal espagnol El Mundo voit dans les « gilets jaunes » « la plus grande expression de rejet à laquelle Emmanuel Macron a dû faire face jusqu’à présent ». Pour le quotidien espagnol, c’est « un mouvement périphérique dans tous les sens du terme », « géographique », « social » et « économique ». « Quoi de plus approprié qu’un objet servant à devenir visible en cas d’urgence pour identifier les personnes qui se sentent oubliées du gouvernement ? », s’interroge El Mundo.

De son côté, El País rappelle que si le mouvement des « gilets jaunes » trouve son origine dans la hausse du prix du carburant, la « liste des réclamations est longue ». Pour le journal espagnol, « la hausse des charges et la réduction de l’impôt sur la fortune en passant par l’arrogance supposée de Macron » sont toutes des raisons qui justifient la « colère contre les dirigeants du pays ».

Pour la radio britannique BBC, le mouvement montre qu’Emmanuel Macron peine à « rétablir la confiance dans la démocratie parmi ceux qui se sentaient désabusés et détachés de la politique ». Pour le Times, le mouvement, décrit comme « tentaculaire et amorphe » et n’étant pas constitué des « manifestants habituels », est inédit. Pour le quotidien suisse, Le Soir, la France se trouve dans un « climat d’exaspération et d’écœurement ambiant » dans lequel « la moindre étincelle peut provoquer un incendie ».